Alors quils
auraient dû figurer parmi les événements marquants
de lannée 2005-2006, le congrès de la Ligue de
défense des droits de lhomme (LADDH) et ses suites ont
été maintenus dans lombre. Or, ils méritent
un traitement au grand jour, dautant plus quils se traduisent
par un basculement de la LADDH dans le camp oppositionnel et
ses ramifications. Rappelons que celui-ci, porté par la presse,
sest constamment défini, depuis 1992, au nom de valeurs
attrayantes (république, démocratie, libertés
publiques et libertés individuelles) dont il a constamment
détourné le sens, comme le soutien à toutes les
entreprises criminelles de larmée et des services de
sécurité.
En dehors du contrat de Rome, de nombreuses manifestations faisaient
de la LADDH une référence, notamment dans le souci de
démystification du jeu politique via les droits de lhomme.
Les signes de glissement sont apparus depuis deux ou trois ans, allant
crescendo, jusquà prendre une autre dimension depuis
lautomne 2005. Refusant la démarche grosse de confusions
selon laquelle les liens damitié puissent interdire de
faire le point sur lidée et le sens de lengagement,
nous rendons publique, pour la première fois, la réflexion
ci-dessous, adressée au préalable, personnellement,
à Hocine Zehouane. La réponse de ce dernier, que nous
publions aussi, dédaigne toute approche quant au fond et cherche
le réconfort dans le procès en sorcellerie et linternement
psychiatrique.
SALUT, Hocine,
Depuis le congrès national de la LADDH les 22 et 23 sept. 2005
et son déroulement pour le moins controversé tant les
procédures ont été contestées, jai
tenu à prendre mon temps après avoir entendu ton point
de vue et en suivant, toutefois, les manifestations extérieures
de la ligue lors dentretiens, déclarations ou de prises
de position, les tiennes en loccurrence.
Au nom de lamitié construite dans lengagement commun,
jai tenu à tadresser dabord, à titre
personnel, cette réflexion sur tes initiatives et la voie dans
laquelle tu es engagé. Cela taidera peut-être à
faire un retour sur toi-même et évaluer le poids de tes
choix.
Elle sera rendue publique, de préférence, avec ta réponse.
Jai quitté Alger le 22 décembre 2005 après
avoir assisté à deux séminaires ayant pour objet
le projet de convention onusienne sur les disparitions forcées
et les violences en direction des femmes. Dautres séminaires,
rencontres, ont suivi, depuis, notamment sur les questions économiques
et sociales ainsi que sur la presse à loccasion de la
journée internationale de la « liberté de
la presse ».
Des informations que jai pu obtenir sur le déroulement
du congrès en tenant compte de ce que tu mas raconté
de ton côté, jai la certitude aujourdhui,
après avoir constaté à quel reniement tu es arrivé,
que le congrès sest déroulé dans une empoignade
où tous les coups ont été permis et distribués
à partir dun assaut pour la conquête de lappareil
LADDH faisant bon marché de cet exemple de démocratie
que devait administrer la ligue pour elle-même et pour ses militants
en tant quécole pour lavenir. Au contraire, ce
fut la reproduction des pratiques despotiques de direction de la société
à léchelle et à lintérieur
dun espace réputé avoir pour mission de les combattre.
Sil était de notoriété publique que Aït
Ahmed ne voulait pas de toi à la tête de la LADDH, cela
nemportait pas comme conséquence que les militants du
FFS présents au congrès allaient suivre leur chef en
te refusant linvestiture. Dans ces conditions, le congrès,
au-delà des véritables enjeux, a été installé
dans un combat de chefs, ravivant des rancunes et des éléments
de contentieux vieux dune quarantaine dannées,
alors que Hocine Zehouane se tenait droit dans ses certitudes de membre
du BP du FLN face au « factieux » Aït
Ahmed, fondateur du FFS. Ici se situe le premier indice dun
changement dattitude qui, chez toi, frappe à de nombreux
titres :
*en premier lieu, tu semblais jusque là avoir dépassé
ce stade de combat des chefs depuis longtemps, en te dotant dune
hauteur suffisante pour ne pas tomber dans un piège aussi primaire.
Le recul que tu manifestais lors de nos échanges à propos
des années soixante et ta capacité à te remettre
en cause avec lucidité ont soudain fondu et, ma foi, pour quel
enjeu ?
*en deuxième lieu, le crédit dont tu bénéficiais
au milieu de tous ces jeunes militants était tel que plus dune
fois ils en sont venus, compte tenu de la trajectoire pour le moins
chaotique du FFS, à te demander de prendre en main ce dernier,
soutenus en cela par des cadres de leur parti. Certains sont dailleurs
passés par moi pour te faire parvenir un tel message. La dernière
démarche en date remonte au printemps 2005 lors de la conférence
(organisée dailleurs par le FFS) que tu as donnée
à Bouzaréa en souvenir de Ali Mecili.
Serais tu devenu à ce point frappé de cécité,
incapable danalyser une situation, détecter les priorités,
distinguer lessentiel du futile, pour ne pas tomber dans le
piège de la division. Ce que les services de sécurité
tenaient comme objectif depuis la naissance de la LADDH.
Dailleurs, quand nous évoquions, bien avant le congrès,
la préparation et le déroulement de ce dernier, nous
étions daccord pour admettre que le premier impératif
serait de veiller à ne pas se laisser manuvrer. Il semble
aujourdhui que les services de sécurité ont largement
entamé le capital de solidité qui caractérisait
la ligue, du moins jusquaux déclarations et initiatives
prises par ton prédécesseur dans la soi- disant bataille
des élections présidentielles de 2004. On a vu alors
la LADDH glisser vers une confusion des genres et sappuyer sur
des partis éradicateurs en faisant appel à larbitrage
des généraux comme garant de la démocratie. En
cela, Aït Ahmed nétait pas en reste non plus. Ali
Yahia apportait sa contribution à une recomposition des espaces
en se faisant le chantre de la liberté de la presse version
Benchicou. Ce nest pas mettre la liberté dun individu
en cause que de sélever contre la prime accordée
aux procédés criminels dun journaliste dont la
violence bien connue est consacrée comme résistance
exemplaire. Avec le concours de deux présidents de la LADDH,
le pousse-aux crimes est aujourdhui hissé au-dessus
du soupçon de crime contre lhumanité. La liberté
dexpression, saisie dans sa totalité politique et sociale
est déviée par une relecture médiatique des symboles
qui, en faisant de Benchicou (« incarnation de cette
presse autonome » Le Soir 15 juin 2006), le héros
de la liberté de la presse et de la liberté dexpression,
prolonge le processus dimpunité consacrée par
les décisions politiques à luvre depuis
sept. 2005. En effet, qui, mieux que le directeur du Matin
personnifie, à travers la presse, cette complicité dans
les massacres, tortures, disparitions sur une dizaine dannées
que lon est dailleurs en train, dans cette recomposition
du paysage politique, de passer en pertes et profits. Voilà
que Hocine Zehouane redoublant lengagement du président
de la LADDH se tient dans un élan de solidarité aux
côtés du porte parole des assassins, Benchicou, lui « souhaitant
de retrouver
les meilleurs conditions qui lui permettent un
retour en tant que citoyen et militant ».(Le Soir
dAlgérie,15 juin 2006). Sen tenir au symbole
Benchicou victime de larbitraire dun régime alors
même que ce dernier sait parfaitement mesurer, par ailleurs,
à quelle mission de désinformation il était affecté,
cest contribuer à une mystification de nature à
rendre incompréhensibles les sources dune dizaine dannées
de violence. Dans ta lettre à F. Ksentini (26 juin 2006), tu
retrouves lusage de la notion de désinformation, mais
quel sens lui attribuer si on la mettait en vis-à-vis avec
la page (où tu prends place) ouvragée réservée
par Le Soir dAlgérie (15 juin 2006) à une
certaine conception de la presse. Aller prêter allégeance
à Benchicou consacré comme symbole de la liberté
de la presse et de la liberté dexpression aux côtés
de RAFD, de Abrika et du mouvement citoyen, du CCDR, Djazaïrouna,
sans oublier tes confrères connus pour leur engagement en faveur
de libertés faisandées de tortures et dassassinats,
laisse penser que tu as découvert, dans un déni de toi-même
à première vue inexplicable, une autre raison de vivre.
-DROITS DE LHOMME ET POLITIQUE -
Dire que nous sommes en présence dune simple confusion
passagère ou dune interprétation excessive consisterait
à saffranchir dune réflexion impérative
sur une signification politique denvergure. En lespace
dune année environ, sous la présidence successive
de Ali Yahia et de Zehouane la LADDH est passée dans le dispositif
politique qui sanctifie, sans bénéfice dinventaire,
une opposition « de gauche » ou de « démocrates »
avec comme noyau les ex pagsistes ou partisans de Rédha Malek.
Pire encore, la ligue saligne politiquement sur ces groupuscules
qui étaient prêts à torturer et assassiner, hier
encore, leurs semblables, dans une rencontre avec des syndicats catalogués
dautonomes, par rapport à lUGTA. Si autonomie il
y a, cela ne suffit pas pour autant à les considérer
comme autonomes dans une summa divisio entre partisans et adversaires
dun ensemble dominé par un centre unique auquel rien
néchappe. La construction de léchiquier
politique à partir dun tel centre établit des
normes de distinction, les siennes, entre opposition et pouvoir derrière
un dispositif langagier où figurent majorité, gouvernement,
présidence. Les rapports internes de distribution des partisans
et adversaires normés den haut sont distillés
par le canal dune presse à qui il revient de donner pour
réel un jeu politique à travers une prétendue
opinion publique qui na pour réalité que les cabinets
rédactionnels. Ainsi la presse arrive-t-elle à persuader
autour delle, à force dillusions distillées
dans des espaces fidélisés, dune donnée
avancée comme fondamentale et selon les règles de classification
de ses laboratoires, que le pouvoir commence et sarrête
à Bouteflika .Ce dernier serait le pivot dun axe majoritaire
en face duquel se tient, de préférence debout, une opposition
intraitable. Dans les moments de vérité on voit clairement
que cette prétendue opposition na de force, perspective
ou sens politique que dans le prolongement des appels aux protecteurs
disséminés à travers létat-major
et les régions militaires. On le sait et toi encore plus quun
autre, que le pouvoir ne sarrête pas à Bouteflika.
Par ailleurs les mises en scène dans ce qui se construit comme
opposition pour mieux fixer, plus ou moins faussement la bataille
en direction dun pouvoir nommé, ont été
suffisamment nombreuses et astucieuses (la dernière en date,
et non des moindres, souviens toi, cest lopération
Ali Benflis). Cela suffirait pour se démarquer et se prémunir
contre de tels programmes que lon devrait remettre
à leur véritable place en contribuant à leur
lisibilité. La LADDH aurait gagné, avec toi, à
mieux définir de telles approches, dans un positionnement suffisamment
marqué, en dehors des lectures médiatiques. Ou, plus
exactement, en tenant compte des chausses-trappes de telles lectures.
Or, celles-ci te tirent vers lespace instrumentalisé
dune opposition prête à donner des gages pour servir
des maîtres qui ne sont pas nommés. Il ny a rien
de plus facile que demboîter le pas aux couches moyennes
déclinant quotidiennement par la voix de Liberté,
El Watan El Khabar LExpression ou autre organe de presse
des semblant de batailles sur la justice, le droit de grève,
la liberté dexpression, lidéal démocratique,
la bonne gouvernance ou la séparation des pouvoirs. Les rédactions
et leurs conseillers spécialisés peuvent toujours séchiner
à produire des lectures sur les têtes de chapitre du
droit public et de la science politique, voire de la sociologie juridique,
cela ne traduit en rien les significations réelles des instruments
de domination et de leurs détenteurs. Si on prend lexemple
des partis politiques (on peut élargir lobservation aux
associations) avec le recul que permettent 44 années dindépendance
(laquelle reste, plus que jamais, à mesurer), il nest
pas difficile dévaluer la distance entre les prétentions
du droit positif à codifier la création des organisations,
de leurs activités et leur statut réel. Il suffit de
suivre le statut de leurs dirigeants et des immunités qui leur
sont garanties, par les coutumes du sérail, dans lespace
de rencontre obligatoire où sétablissent les vrais
rapports entre hauts responsables de ladministration, de la
justice, des services de sécurité, des élus.
Comment dans un tel espace de décisions stratégiques
se distribuent les avantages, les reconnaissances et les honneurs,
létendue de la parole autorisée, et sa portée,
les signes perceptibles de mise en garde ou daiguillage des
activités. Cest là que de véritables fouilles
devraient être portées pour mesurer les doubles appartenances
opposition/pouvoir et tirer le fil de la toile daraignée
tissée par un tout soumis aux règles communes. Ici se
construit, en haut, la matière ordonnée de lobéissance
et de la fidélité injectées dans les ramifications
dune société engagée, en certaines de ses
parties baptisées élites, dans la quête daspirations
à lascension et à la reconnaissance. Seule la
rupture, la déchirure, rendent perceptibles le fondement de
lédifice. Quand on le saisit dans des définitions
juridiques ou politiques à partir desquelles la chaîne
de sa transmission (dont la presse fait partie) veut quil soit
approché, dans un parcours fléché, on ne fait
que lui fournir de la matière à son renforcement, à
sa perfection. Cest ce qui se passe avec les analyses qui sinstallent
dans les catégories établies en croyant pouvoir secouer
tel semblant dinstitution à partir dune critique
académique. Celle-ci nest nulle part accrochée
à la réalité politique, sociale, historique vivante.
En témoigne la vaine greffe de concepts, notions et théories
forgées dans une culture, une histoire, des idées qui
expriment les combats de leur terreau. Transposés dans le contexte
algérien par cette gauche, ces démocrates,
qui se veulent lexpression même de la modernité,
ils nont aucune consistance. A la constituante périodiquement
agitée par Aït Ahmed, tu ajoutes les états généraux
(12 juin 2006), balisant ainsi le tracé de la filière,
comme dautres parlent de laïcité.
La LADDH na tenté ni un état des lieux des droits
et libertés, ni une réflexion sur les lendemains politiques
dune normalisation où tout est accroché au pouvoir
Bouteflika. Quy a-t-il au-delà ? Quels sont les
acteurs ? Leur rôle, qui nest certainement pas celui
quils affichent. Cela serait trop simple et accréditerait
lidée que le pays est passé des conquêtes
démocratiques à la dictature et au despotisme. Mieux
encore, le rôle de la LADDH consisterait-il à descendre
dans le bourbier pour se positionner dans des affrontements dont elle
ne détient nullement les éléments dintelligibilité.
Au contraire, sa mission ne réside -t-elle pas, notamment,
si lon prend langle politique, dans un souci de débroussaillage
en prenant de la hauteur et en ayant soin de saisir la nature et la
puissance des barrages (et ne pas se focaliser sur des violations
sélectionnées ce qui donnerait lillusion que lon
est dans un système où les droits sont acquis tout en
introduisant la confusion entre victimes et criminels) aux droits
et libertés pour toute la société. Choisir comme
point dappui le havre de contestation entretenu avec des supports
de puissance occulte autour du pôle presse, femmes, syndicats
autonomes, MDS, CCDR (cest-à-dire le nid des couches
moyennes fascisantes) cest faire basculer la ligue dans le camp
qui na jamais été le sien même si lex
président a montré des signes devenus, avec tes choix,
des revirements accomplis assortis dun reniement.
**Il sagit dabord de revirements portés contre
des tentatives tellement coûteuses en efforts et sacrifices
pour des centaines de militants qui naviguaient entre la LADDH et
le FFS . Même sils avaient du mal à sy retrouver
au sein dun FFS fonctionnant sous la férule de son chef,
malgré les ravages du patriarcat dans la domination interne
à leur parti, ils étaient toujours en recherche des
outils, échappatoires, voies de « recours »,
pour sortir de limpasse politique dans laquelle le dernier congrès
du FFS les avait placés. Comme source au mince filet, certes,
mais encore accessible, ces mêmes militants pouvaient se tourner
vers la LADDH et particulièrement dans ta direction pour entretenir
lespoir de justice. Cest en cela quil faut entendre
leur considération pour toi quand ils te donnent du « Maître
Zehouane ».
La particularité des rapports aussi bien à lintérieur
du FFS que de la LADDH est dominée, il est vrai, par cette
dimension patriarcale qui installe le leader dans le rôle de
Da (de Da LHo à Da LHo bis, sans oublier Da Abdenour)
avec lexploitation dun paternalisme versant dans la maraboutisation
du chef quil ne faut surtout pas contredire ou contrarier. Cest
lune des questions essentielles sur laquelle il faudrait réfléchir,
dailleurs, à propos du politique, pour expliquer cette
infériorisation des militants à qui on vend dans le
même temps, et en des lieux de plus en plus éloignés
de la cité, de la citoyenneté comme discours au quotidien.
Quelle déchéance que dêtre réduit
à se faufiler dans la fondation Ebert, généreuse
dans la fourniture logistique et chargée déveiller
les Algériens, militants de la LADDH qui plus est, à
la citoyenneté. Le refuge de la fondation Ebert au même
titre que ceux que proposent dautres officines (françaises,
américaines, allemandes, italiennes
) dans la formation
politique, syndicale, citoyenne, sur la liberté de la presse,
les droits des femmes, mériterait, à lui seul, une réflexion.
Dabord, parce que cette pratique, loin dêtre innocente
ni guidée par la générosité désintéressée,
met toute association parti ou organisation en dehors de la responsabilité
qui serait dabord la leur. On assiste à un dessaisissement
des obligations de la LADDH à partir du dessaisissement du
lieu même où doit être revendiquée la liberté
dexpression. Cest labandon dun combat pour
la reconnaissance de la liberté dexpression dans lespace
public. Cela suppose un lieu public, ouvert à tous, pour tous.
Au contraire, les visées de ces organisations américaines
et européennes consistent dans une sélection de leurs
disciples à partir de fichiers établis sur la
base de questionnaires. A de telles conditions, la société
algérienne livrée par la LADDH comme animal de laboratoire
découvrira les voies daccès aux libertés
publiques selon un plan établi en fonction des sponsors.
**Il sagit ensuite de reniement vis-à-vis de toi même,
dans la mesure où, et ceci nest souligné que très
rapidement puisque cela relève de ton seul ressort, il était
inutile de faire un si long parcours de combats multiformes et tenter
de secouer la montagne pour que, en définitive, tu sombres
dans loued vaseux du CCDR avec des relents de ralliement. Cest
du Boudiaf en pire. Quels effets cela produit-il de retrouver autour
du thé et des petits fours des ennemis de longue date dont
tout, jusque là, te séparait, pour la bonne raison que
tu les classais, à juste titre, comme auteurs ou complices
de crimes contre lhumanité ? Que deviennent ces
questions fondamentales sur la détermination de soi, dans sa
société et dans le monde ? Penses-tu que la présidence
de la LADDH servira de passeport pour te faire accepter comme un égal
dans des milieux où tu étais lennemi ? En
définitive, est ce à cela que servent les droits de
lhomme, à travers une organisation destinée à
protéger quelques menus privilèges de situation ?
Est-ce là, la leçon de la longue plaidoirie en rupture,
pensée et pratiquée durant des années et qui
se prolongeait au-delà du prétoire ?
-RETOUR SUR LE CONGRES
Remarquons que la presse na pratiquement pas traité du
congrès dans sa signification profonde, le moment où
il intervient, les péripéties de sa préparation,
le mécénat ayant contribué au financement (auquel
ont participé entre autres Ali Kafi, Ahmed Taleb Ibrahimi,
Saïd Saâdi, Ali Rachedi) de ses assises, le conflit qui
la terni. Cela ne va pas sans questions. Pourquoi la presse,
à laffût de tout ce qui prête à fournir
le sujet du jour surtout quand il sy terre quelque conflit,
na t-elle finalement été que très
évasive sur le déroulement du congrès et des
affrontements qui ont eu lieu ? La question est dautant
plus importante que, dans le positionnement de la LADDH au cours des
années passées et les agressions de la presse dans sa
direction, on pouvait sattendre à ce que les journaux
profitent dune occasion inespérée pour se saisir
du conflit et en exploiter le développement en lenvenimant.
En effet, la presse pouvait fort bien exploiter le conflit en poussant
au plus loin la signification des affrontements. Or, contrairement
à cette logique du jeu politique dans laquelle la presse trouvait
sa place, elle ne sest pas insinuée, comme élément
incontournable quelle se devait dêtre, pour peser
sur les interprétations et exploitations possibles des travaux
du congrès. On est bien obligé den conclure que
la presse, tenue au courant des affrontements au sein de la LADDH,
avait pour consigne de laisser faire en se contentant tout simplement
de célébrer linstallation de la nouvelle équipe.
Les médias jouaient ainsi comme point dappui et aiguillon
de récupération de la LADDH à partir de sa direction
pour lincorporer dans un ensemble quelle anime de différentes
façons que ce soit à partir de lespace Mercure
ou dautres lieux et manifestations mais qui fournissent les
apparences extérieures dun espace politique cohérent,
recomposé à partir des associations, partis, comités,
personnalités derrière lesquels se sont abritées
toutes les monstruosités de larmée et des services
de sécurité depuis 1992. Dans ce registre, le vocabulaire
en usage dans la dénonciation de la charte sur la réconciliation,
lequel est repris par la LADDH, à peu de choses près,
est frappé de lambiguïté propre à
laisser croire que limpunité ne concerne que les crimes
ayant pour auteurs les groupes islamistes. Autrement dit, limpunité
est saisie sélectivement et sous pression, par rapport à
la notion de terrorisme telle quelle est consacrée par
les services de sécurité. Ce sont les mêmes sources
qui définissent le terrorisme, les victimes, les terroristes
en établissant un dispositif juridique tel quelles contrôlent
les ingrédients de la violence et en en modulant les injections.
Or, toutes les parties victimes de la violence sont sous la menace
dun chantage permanent fruit de dispositions juridiques tirées
dun référendum obéissant lui-même
à cette logique densemble couronnée par une reconnaissance
historique de la nation envers les criminels, à quelque
ordre ou échelle quils appartiennent. On voit se déployer
une campagne au cours de laquelle la dénonciation de limpunité
na pour cible que ceux qui ont toujours été dénoncés
par ceux-là mêmes qui nont cessé dappeler
à lextermination de tous ceux qui ne leur ressemblent
pas ou ne pensent pas comme eux.
Le congrès de la LADDH ouvert à quelques jours du référendum
sur la charte de réconciliation nationale du 29 sept.2005,
intervient au cours du second mandat de Bouteflika. Ce référendum
et les ordonnances ultérieures ont pour objectif dabord
de verrouiller laccès à toute recherche pour déterminer
le cheminement et les responsabilités, depuis 1988, dans la
mise en place des éléments de domination dans lesquels
la violence multiforme a été programmée au plus
haut niveau de lEtat. Cela met en point de mire les présidents,
gouvernements successifs, le parlement et tout organe ou appareil
qui leur sont rattachés, soumis ou autonome. Dans ces conditions,
il était tout à fait prévisible que larmée,
ses chefs, ses milices et ses services divers soient célébrés
comme le bouclier dun système dans lequel les crimes
sont tellement innombrables que lamnistie et limpunité
sont ordonnés avant même de procéder à
la recherche dindividualisation des crimes et des criminels.
La signification de la charte de réconciliation et ses textes
dapplication font de lEtat, comme tel, à la fois
le protecteur des criminels quil célèbre comme
des héros de la nation, dans lexpression détournée
de celle-ci, tout en interdisant laccès à la détermination
des crimes, leur nature et les auteurs, leur qualité, leur
appartenance à tel ou tel organisme, régiment, appareil,
les liens entre les exécutants et les gradés de larmée
ou de la politique. De quelle manière a-t-il été
possible de perpétrer de tels crimes avec quelles couvertures
et détournements médiatiques, judiciaires, administratifs ?
Le processus enclenché par lusage du referendum répond
à cet objectif : rendre inaccessibles de telles questions
pour de telles recherches. Cette stratégie du renversement
des données de toute nature et de leur redistribution pour
créer lillusion dun paysage renouvelé est
lune des marques maîtresse de lEtat depuis le premier
mandat de Bouteflika, alors même quil personnifie la continuité
à lintérieur dun ensemble obéissant
à une cohérence implacable. Mais ce dernier nest
que la voix identifiable de lédifice. On assiste en effet,
depuis 1999 à une course aux reclassements et recompositions
politiques. Cette relative recomposition de la scène politique
exige une pause de nature à balayer les apparences dun
dispositif politique dans lequel les simples déclarations des
uns ou des autres ne permettent jamais de lever le voile sur les intentions
profondes en regard des intentions affichées. Il sagit
de renvoyer la demande de justice vers le refoulement et frayer la
voie à une amnésie profonde.
A toutes ces remarques sur le contexte politique il faut ajouter le
congrès de la LADDH et lissue de ses travaux qui confient
la présidence à Hocine Zehouane. Ce nest pas un
constat anodin. Depuis 1989 et « lavènement »
construit dun multipartisme guidé den haut, dune
main experte, danciens responsables politiques, aux trajectoires
concurrentes mais convergeant vers des conquêtes voisines ouvertes
en forme dOPA sous le contrôle du ministère de
lintérieur, ont refait surface à partir de supports
divers : associations, partis, assemblées, conseils
LEtat
despote se fait démocrate et fait preuve de générosité
dans la récupération de serviteurs en rupture de ban.
Il réussit quand même le tour de force de se ménager
des opposants, réformateurs de choc, capables toutefois de
demeurer parmi les inconditionnels de toujours. Mouloud Hamrouche
en fournit le portrait achevé. Mais il nest pas le seul.
Auparavant vice-président de la LADDH dont il a marqué
les orientations à plus dun titre, Hocine Zehouane est,
depuis le 24 septembre 2005 placé au premier plan dune
organisation qui tentait, malgré la faiblesse de ses moyens,
de marquer le sens du combat pour les droits de lhomme sans
reculer devant une juste appréciation des forces qui dominent
la société et lEtat. Ancien membre de la direction
fédérale du Grand Alger, puis membre du B.P. du FLN
après le congrès de 1964, ayant une expérience
de lEtat du dedans, Hocine Zehouane aura pour lui davoir
marqué sèchement la rupture avec le 19 juin 1965. Ce
quil a payé par la prison puis lassignation à
résidence avant de senfuir et de passer près de
dix ans en exil en France. Il en profitera pour se former à
la profession davocat après des études de droit
à Paris. Les péripéties successives et opposées
dune trajectoire passant de la puissance du pouvoir aux vicissitudes
dune opposition sans concession paraissaient avoir doté
lavocat des droits et causes impossibles dune justesse
dans le jugement où la lucidité politique est rehaussée
dune incontestable légitimité. De la sorte, il
est des hommes dont les décisions ou les engagements, selon
quils restent fidèles à eux mêmes ou basculent
dans limprévisible, dépassent leur propre personne.
Cest présentement dans ce cas de figure que sinscrit
le président de la LADDH.
Le déroulement du congrès de Boumerdès sest
tenu, après le discours douverture de Ali Yahia Abdennour
dans un verrouillage absolu des débats et du fonctionnement
des instances (bureau, commissions). Cela na pas manqué
par déboucher sur une confusion où la violence du verbe
frôlait la violence physique. Le résultat, propre à
la culture du locale, se traduit par une succession de désignations
aussi bien des membres du conseil national que du bureau et du président.
Marquées par la sur-représentation dAlger au détriment
de Tizi-Ouzou et Bejaïa (Tizi-Ouzou, avec quatre membres au Conseil
national, et Bejaïa, trois, tandis quAlger dispose de sept
représentants), ces assises garderont les traces de la séparation
entre autoritarisme et ouverture.
Ce congrès a été mené sur la base dune
règle fondamentale : celle qui consacre la puissance exercée
sur les esprits par trois ou quatre personnes dont les actes et la
parole sont vécues comme des données hors statut. Les
notions de conseil, bureau, congrès, statut, nont pas
le sens quon a tendance à leur attribuer juridiquement.
La dimension juridique nest quun emballage qui met de
la dignité dans les manifestations extérieures. De sorte
que, toutes les instances sont désignées selon les lois
internes des rapports (humains) dominants, alors que les quelques
amendements introduits dans les statuts ne sont pas repris. En effet,
les statuts garderont à peu de choses près (les membres
du Conseil national passant à 41 membres au lieu de 31 initialement)
la mouture du projet. Ainsi en est-il de larticle 5 sur les
sections locales qui devaient, aux termes dun amendement, constituer
les conseils de wilayas. En définitive, elles ne resteront
que de simples sections locales. Le Bureau exécutif dénommé
aussi Comité directeur est amputé, arbitrairement, du
représentant de Ghardaïa (Djelmani) à qui il sera
reproché dexercer une responsabilité au sein de
la fédération FFS de Ghardaïa. Ce que dautres
militants démentent. En fait, les délégués
de Ghardaïa (au nombre de cinq) ont été traités
comme des pestiférés dès lors quils ont
été classés comme des inconditionnels du FFS,
cest-à-dire de Aït Ahmed. Dailleurs, la section
de Ghardïa, comme les sections de Tizi-Ouzou, Bejaïa, sont
pratiquement placées sous embargo : surveillance étroite
via la bureaucratie interne pour empêcher toute initiative et
exigence dune soumission inconditionnelle.
On est frappé par le déroulement dun scénario
à peu près identique à celui qui a marqué
le dernier congrès du FFS. Le président de ce dernier
substituait sa propre loi, celle du fondateur/propriétaire
des lieux, aux résultats des travaux en faisant passer pour
historiquement légitime, donc politiquement impérative,
sa mainmise exclusive sur le parti.
La crise tournante qui frappait le FFS depuis son dernier congrès
et réduisait à néant sa capacité politique
à peser sur les événements sest déplacée
vers la LADDH compte tenu des liens étroits qui ont toujours
existé entre les deux organisations. Il faut remarquer dabord
que le FFS et la LADDH se caractérisent par le support géographique
de leur recrutement. La Kabylie fournit à la fois les cadres
et les militants aux deux organisations. La traduction des luttes
politiques internes ou de leadership ne doit pas sous-estimer cette
donnée fondamentale qui finit par produire une autre loi :
les luttes internes ne se déroulent pas selon le schéma
qui peut être arboré au grand jour mais prennent rapidement
les formes de solidarité et les fixations reconduisant rancoeurs
de villages ou de clans et soumission au grand frère (Da) porteur
dune légitimité que, par principe il ne faut pas
discuter, même si le Da en personne en entame la signification.
Ainsi on se retrouve devant des attitudes nettement affichées
et qui se traduisent par le soutien et la solidarité à
tout prix ou bien la rupture définitive et laffrontement
continu figé sur les personnes sans considération pour
les questions en jeu.
Ayant tendance, compte tenu de la présence dominante de militants
du FFS dans la LADDH, à considérer celle-ci comme une
annexe du parti, Aït Ahmed, poussait de plus en plus ouvertement
au départ de Ali Yahia depuis 2002 et mettait en avant deux
prétendants/favoris : Salima Ghozali et Mustapha Bouchachi.
Ni lune ni lautre ne sont en vérité des
militants de la LADDH même si leurs prises de position et activités
militantes ou professionnelles les situaient dans lapparentement.
Ce qui est sûr, cest que lune était chargée
de la communication au sein du staff de Aït Ahmed tandis que
lautre était son avocat personnel. Or, logiquement, la
présidence de la ligue devait revenir à Zehouane et
un consensus se dessinait dailleurs en ce sens au sein des militants.
Comme vice-président de la LADDH, ses frictions avec Ali Yahia
lavaient poussé à sautonomiser dans une
entreprise privilégiant la formation de jeunes militants à
partir de la fondation de la Maison des droits de lhomme de
Tizi-Ouzou avec des cycles duniversité dété
à Tigzirt. Il signait néanmoins comme vice président
de la LADDH des engagements marquants, notamment « le
contredit au rapport du panel de lONU ».
Si les intentions de Aït Ahmed étaient connues, son poids
sur la ligue à partir des militants du FFS était singulièrement
entamé devant la légitimité dont jouit le prétendant
en titre. Dès lors, il devient incompréhensible que
le congrès de Boumerdès ait pu se dérouler dabord
et avant tout sur une ligne de démarcation mettant aux prises
les chefs pris dans lengrenage de lui ou moi. Toutes
les manuvres ont été rodées pour que Zehouane
soit convaincu que les militants de la ligue liés au FFS jouent
la partition de leur chef qui, de Paris, en orchestre la progression.
Dans le conflit élevé au rang de nif , les positions
se sont figées. Le sens politique prêté jusque
là à Zehouane, en position de force, sest volatilisé.
Dans tous les cas, il nentreprendra rien pour désamorcer
ce qui nétait quun leurre. A qui devait profiter
un affrontement monté de toutes pièces ? En effet,
le conflit ne pouvait être quun leurre, puisque les militants
de la LADDH malgré leur affiliation au FFS ne remettaient aucunement
en question ladhésion à la candidature Zehouane,
marquant leur autonomie par rapport à Aït Ahmed. La manuvre
ne peut sexpliquer que par le jeu de pouvoir à lintérieur
de la LADDH et par le souci stratégique de dominer lappareil
en mettant la main sur le Bureau exécutif. Pour ce faire, il
fallait dominer le Bureau du congrès. Lanimation de ce
dernier est confiée à un intriguant denvergure
qui avait dabord pour motivation sérieuse un contentieux
vieux de quelques années avec le président du FFS. Longtemps
affilié à ce dernier, Kamel Daoud prétendait,
depuis 1989, aux honneurs de la députation voire à quelque
responsabilité ministérielle. A défaut dune
telle consécration, il goûtait aux responsabilités
du secrétariat au sein du FFS quand il fut renvoyé,
comme il est de pratique constante, selon le bon vouloir du chef,
au statut jugé peu valorisant par lintéressé,
de simple militant. A Paris, il neut de cesse de montrer létendue
de ses capacités et, pour ce faire monte une association, Droits
pour tous. Quelques mois après, un document cosigné
de Ali Yahia et Zehouane fait de Daoud le correspondant financier
de la LADDH auprès des sources de financement européennes.
. A ses côtés figure un vieux routier du mouvement berbère
davril 1980, universitaire et chargé de la formation
en rapport avec les organisations européennes en qui il a certainement
détecté les encouragements à inscrire les droits
de lhomme dans la pratique de lorganisation polonaise
Solidarnosk. Frappé dinculture politique au point de
faire de Lech Walesa un modèle de conquête des libertés,
Ouali Aït Yahia est doué pour les procédés
de compartimentation et la hiérarchisation au sein de la petite
masse des militants, toujours intéressés pour obtenir
un visa pour la France ou un autre pays dEurope afin dassister
à une rencontre ou de bénéficier dun programme
de formation. Par les moyens dassujettissement que procure,
en outre, le privilège de lancienneté faisant
revivre les combats du passé (car il est membre fondateur de
la LADDH) il sait manier la carotte et le bâton pour, sinon
se faire écouter, du moins pour neutraliser les entreprises
audacieuses. Soucieux de garder ses distances par rapport au FFS qui
tentait, il y a quelques années, de lui mettre entre les mains,
sans succès, la fédération de Tizi-Ouzou, Aït
Yahia veille dabord sur le périmètre du Temple.
En ce sens cest surtout le réseau qui importe, avec ses
voies de communication et instruments, beaucoup plus que des tentatives
laborieuses denracinement de lidéal des droits
de lhomme. Cest dire combien le Bureau du congrès
où figure Zehouane est tiré, dans la progression des
travaux, vers une perception préparée de comptes à
régler beaucoup plus que vers le souci dunification autour
dun programme davancée en direction de la société.
La LADDH sest enroulée sur elle-même comme ces
espèces de monstre qui sentent le besoin de sautodétruire.
Ces deux spécialistes de lintrigue auxquels sest
ajouté un aventurier sorti de la faune associative ont persuadé
Zehouane de la menace FFS sur la LADDH et son éviction (ou
sa mise en concurrence avec) au profit de Bouchachi qui devait être
le second candidat. Remarquons au passage que Bouchachi, désigné
comme vice président de la ligue, na aucune charge, à
la différence de chacun des autres membres.
Le fait quil y ait deux candidats à la présidence
de la LADDH aurait dû être un stimulant dans lexercice
démocratique. La double candidature sest transformée
en bataille de tranchée, le bureau du congrès verrouillant
tout, en mettant laccent sur larticle 18 des statuts.
Cet article, dans le projet de statuts était rédigé
ainsi : « la qualité de membre du Conseil
national est incompatible avec celle de cadre supérieur de
lEtat et/ou de cadre de parti politique ». Il
est clair que cet article mettait en cause le cousinage, pour ne pas
dire le jumelage entre FFS et LADDH. Laisser cet article tel quel,
sans le nuancer, en précisant par exemple léchelle
de responsabilité des cadres du FFS, selon quil sagisse
du niveau national ou local signifiait clairement une ouverture dhostilité.
Par souci de solidarité de luttes communes, dans la mesure
où on raisonnait en vue dune organisation forte, soucieuse
de son autonomie, le premier réflexe était de ne pas
laffaiblir. Doù larticle 18 aurait pu être
aménagé de manière à consacrer une période
transitoire. Cela ne sest pas déroulé de la sorte
et le congrès a sombré dans laffrontement de dupes
où chaque camp était persuadé que lautre
voulait sa « peau ». Il reste à se demander
comment une orchestration aussi grossière a pu fonctionner
en échappant à la clairvoyance politique au moins de
quelques uns ? Si Zehouane a donné tête la première
dans la mêlée cest quil sest finalement
fixé Aït Ahmed comme adversaire principal dans un combat
rétrograde, au lieu davoir en point de mire la construction
de moyens pour se porter à la rencontre de la société
et lorganiser progressivement dans la conquête de la culture
et de la garantie des droits. Lurgence dun tel combat
signifie nécessairement le maillage du territoire par une association
forte aux militants de plus en plus nombreux et aguerris. Lennemi
dune telle perspective ne pouvait être que la division.
Faire de larticle 18 un instrument de combat à lintérieur
dun ensemble que lhistoire a contraint de marcher de concert,
dans des structures voisines, cest se préparer à
vider la LADDH de cadres et de militants pour les remplacer par dautres.
Où aller les puiser sinon dans lillusion dune famille
très vaste en recomposition et à qui il ne coûte
rien de se définir comme démocrate pour peu que
lon se positionne contre lIslam ou lislamisme. Où
puiser ce type de militants sinon dans le vivier éradicateur
de ces quinze dernières années. Cest ce qui explique
le discours dalignement, par le
revirement de son contenu, du président de la LADDH.
-LA LADDH NOUVELLE MOUTURE A TRAVERS LE DISCOURS DE SON PRESIDENT-
De ce discours dun style rappelant la criée du marché
de gros, on en a une première illustration avec la bravade
prolongeant le feu des affrontements et qui marque la première
déclaration au lendemain du congrès : «
nous avons un plan structuré, charpenté, méthodique
pour résoudre la crise nationale et nous avons une solution
originale concernant la question des femmes ».
Reproduisant les termes de la déclaration, ElWatan,
redevenu fréquentable pour Hocine Zehouane, souffle, avec des
accents de victoire, sur les braises fumantes de larticle 18
entériné par le congrès, sans toutefois rentrer
dans les détails. Il nest cependant pas le seul. La presse
fait les yeux doux au nouveau président de la LADDH qui se
laisse aller à la rencontre dune médiatisation
payée au prix fort. Persuadé de tenir un levier propre
à régenter, à la mesure du pouvoir, hommes et
appareils, il développe la prétention à « résoudre
la crise nationale », empruntant le langage et les
élans présidentiels. A défaut de foules et de
programme, le président de la LADDH se tourne vers des publics
déjà à luvre dans des registres surexploités
depuis des années notamment celui des femmes. Pour cela, il
se précipite vers lune des associations oranaise, lAFEPEC,
qui sest illustrée, entre autres manifestations, dans
la campagne contre les infra humains en 2001.
Invité sur les ondes de France Inter le 13 mars 2006, à
8 H. 20 dans lémission de Stéphane Paoli, Hocine
Zehouane ne se contente pas de côtoyer un caricaturiste de LEpoque,
qui se répand sur « le rôle positif de
la présence française en Algérie »
et Boualem Sansal, pénétré par lidée
quil est porteur dun message de nature à « secouer
ses compatriotes » pour les diriger dans la voie de
« la résistance ». Le président
de la LADDH conforte le discours ambiant et sengouffre dans
le sillage tracé sous forme de flatterie par S. Paoli :
« la parole a toujours été libre en Algérie
et votre parole est elle-même parole libre
»
qui enchaîne plus loin après quelques considérations
sur le projet de traité damitié franco-algérien,
sur « le gage de Bouteflika aux islamistes ».
Réponse de Hocine Zehouane : « le
pouvoir algérien dictatorial des services de sécurité
a toujours manipulé les islamistes. Ils ont été
manipulés par Boumédiéne dès 1968, face
aux forces universitaires de gauche, mondialistes
On a livré
aux islamistes des pans entiers du tissu national ».
On retrouve dans la bouche dun homme qui a payé pour
voir de près ce quont été et ce que sont
toujours, dailleurs, les techniques et pouvoirs de manipulation,
un encensement dune gauche quil présente
sous un jour avantageux, alors quelle a répondu, depuis
longtemps, (au moins depuis 1968 et la fameuse lettre officiellement
signée de Sadek Hadjeres à Boumediene au nom du BP du
PAGS) favorablement, par nombre de ses dirigeants comme de ses cadres
régionaux, à la collaboration sous toutes ses formes
et en tous objectifs ayant permis de perfectionner un peu plus le
système de domination en action depuis lindépendance.
Mais la déclaration en elle-même fournit les indices
dun repositionnement de Hocine Zehouane sur ces questions. La
rencontre avec ladite gauche est donc en pleine expansion.
Sur la presse , S. Paoli a eu ces mots mirobolants, comme toujours
quand il parle de la presse algérienne : « Et
la presse, qui a fait un travail magnifique
»
- Réponse : « là, je suis nuancé,
la presse na pas toujours été indépendante.
Mais maintenant, elle est harcelée et Benchicou connaît
la prison depuis bientôt deux ans ». Dans la
foulée, Zehouane reprend la fameuse distinction à partir
de laquelle se sont élevés les charniers, dune
quinzaine dannées, sur les islamistes et les
démocrates en soulignant que « ces derniers
se sont exilés depuis 1992 ». On est tenté
de lui rappeler en guise de réponse : quels démocrates ?
Sagit-il de ceux que tu as affronté à la mutualité
et à la Sorbonne à Paris, autour du RCD et de Ettahadi?
Toujours sur les ondes de France Inter, le président de la
LADDH semble découvrir un monde chargé de promesses,
celui des femmes : « jai été
à un colloque à Oran, un colloque fermé. Pour
la première fois, nous sommes sortis du sentier ronchonnard
où il sagissait toujours den appeler à lEtat.
Pour une fois, les femmes sont devenues analystes, critiques. On a
parlé dun droit à la carte. La femme est en train
démerger dune façon fantastique. Les femmes
sont majoritaires dans la conquête dun pouvoir intellectuel ».
Le féminisme de Hocine Zehouane ne manquera pas de séduire
les femmes. Dans la lancée, il nous annonce que « le
mouvement social, civil, va reprendre : travailleurs, fonctionnaires,
enseignants. Les conditions objectives les poussent à poser
leurs problèmes de façon autonome ».
La libération des islamistes emprisonnés donne lieu
à une appréciation ambiguë, noyée dans une
généralité : « la libération
des islamistes rentre dans le cadre de lapplication de la charte.
Derrière tout cela, un plan existe, qui consiste à occulter
tous les crimes qui ont eu lieu depuis quinze ans ».
Et Zehouane davancer son plan en trois parties : « 1)
il faut transparence et vérité, 2) il faut une imputation
des faits 3)une catharsis nationale couronnée par un mémorial ».
Pourtant, Le monde diplomatique davril 2006 rapporte
les propos suivants quil attribue au président de la
LADDH : « il faut rendre totalement autonome la
justice et lui permettre de juger les auteurs des disparitions et
des tortures, quitte à ce que le président de la République
amnistie certains dentre eux. Cela réhabiliterait lEtat
aux yeux de la population et de lopinion internationale ».
Il sagirait, en définitive, dun montage pour faire
jouer une double illusion : celle dune justice autonome
et celle dune réhabilitation de lEtat, lessentiel
étant de faire croire à la réalité et
à la crédibilité de lune et de lautre.
Bien au contraire, il faudrait aller jusquau bout pour montrer
quil n y a pas de droits individuels garantis par lEtat
mais un asservissement des individus par un Etat qui, au moyen de
ses appareils (dont la justice) a massacré et peut encore le
faire, ses populations. Ce regard chargé de la volonté
de réhabiliter lEtat et ses appareils explique le recours
aux parlementaires dans une « lettre exhortatoire »
pour « ne pas approuver par leur vote, les ordonnances »
prises en application de la charte de réconciliation nationale
en février 2006.
Refusant de simpliquer dans le débat sur la langue arabe
et le rapport installé entre cette dernière et le français,
il se lance dans la défense des écoles privées
dont il dit accueillir les usagers à la LADDH sans sembarrasser
de nuances sur un problème dont les racines remontent beaucoup
trop loin pour mériter des réponses qui vont dans le
sens voulu par le maître du jeu de France Inter.
Nous sommes confrontés, depuis, à des déclarations
à lemporte pièce quon ne compte plus. Les
formules bravaches mâtinées dune culture de prétoire
comme lobligation de résultat (déclaration
du 12 juin 2006) donnent le ton. Elles ne masquent pas, pourtant,
loin de là, les incohérences où il est à
la fois question de « linstrumentalisation de
la magistrature, des juges » et de « magistrats
indépendants ».
Ces incohérences montrent que, dune part, le regard densemble
sur la question des droits dans une appréciation embrassant
les différentes dimensions de lEtat et de ses appareils
nest pas maîtrisé. Pas plus que la société,
dans sa complexité, et non pas dans ses couches les plus favorisées,
nest réellement lobjet de questionnements dans
une mise en perspective avec une culture de la défense des
droits. Doù émerge lidée de simples
défauts, en quelque sorte, que les formules à répétition
relayées opportunément, peuvent corriger. On aura remarqué
que le dernier massacre en date du 9 mai 2006 à Ghar Lehmam,
dans les monts de Seddat (wilaya de Jijel) où périrent
des femmes et des enfants sous leffet, semble-t-il, de gaz toxiques
na pas retenu lattention de la LADDH. Cela ne fait que
confirmer les choix de ses responsables.
Laiguillon que devait être la LADDH ne se réduit
plus quà un appareil qui, déjà, montre
les aptitudes florentines à gérer des rapports dappareils
dans la convivialité nationale et internationale de réseaux
dont les droits de lhomme ne sont que la vitrine à lasservissement.
Sil est vrai quil est difficile dêtre et de
demeurer un militant des droits de lhomme dans ce climat, il
nest pas dautre choix, pour ceux qui se trouvent engagés
comme pour ceux qui viendront, que de se reconstituer à partir
des lieux mêmes où se construit lengagement.
El-Hadi Chalabi,
Le 9 juillet 2006.
Alger le 13 07 2006
Réponse
El Hadi,
Quand tu mavais annoncé lenvoi dun texte
critique et de réflexion sur le mail, jai pensé
prendre le temps de le lire attentivement et préparer une réponse
exhaustive.
En ayant pris connaissance aujourdhui, je lai trouvé
demblée surprenant.
Et puisque tu annonces dentrée ton intention de le rendre
public tout en sollicitant ma réponse et en prévoyant
déventuelles expurgations, alors cette réponse
exhaustive sera également publique.
Aujourdhui, je te dis seulement que tu verses dans le délire
et sincèrement, je crains pour toi.
Tu brasses dans tes propos des informations sur lesquelles tu nas
aucune emprise sérieuse. Tu extrapoles pêle-mêle
sur tels événement ou situation et tu te livres à
des persiflages manifestement contre tous.
Je te trouve en proie à une crise de pharisaïsme aiguê
et il est temps que tu entres en consultation pour en sortir.
Eventuellement, je livrerais moi-même ton texte à des
connaissances communes, qui te confirmeront à coup sûr
ces impressions.
Hocine.
Lire la suite : QUAND HOCINE ZEHOUANE REGAGNE
LE BERCAIL