Ministère
de la Justice
Cour Spéciale dAlger
Chambre de Contrôle
Audience du 21/04/1993
Ministère public contre
Hocine Abderrahim et les autres
Arrêt
de la chambre de contrôle de la Cour spéciale dAlger
A
laudience tenue par la chambre de contrôle de la cour
spéciale dAlger, salle des consultations le 21/04/1993,
composée du président, des deux conseillers, du procureur
général et du greffier.
Après audition du conseiller-rapporteur dans la lecture de
son rapport écrit sur les charges retenues contre les accusés :
1. Hocine Abderrahim, né en 1956 à Casablanca (Maroc),
célibataire, sans profession, demeurant à Baraki (en
détention).
2. Soussène Saïd, né en 1951 à Taourit
Ighil (Béjaïa), marié, 1e adjoint de la commune
de Bouzrina, y demeurant (en détention).
3. Hachaïchi Rachid, né en 1946 à El Biar, marié,
commandant de bord, demeurant à Bab Ezzouar (Alger) (en détention).
4. Rouabhi Mohamed, né en 1942 à Souk Ahras, marié,
directeur détablissement scolaire, demeurant à
Hussein-Dey (en détention).
5. Fennouh Karim, né en 1967 à Bouzrina, célibataire,
sans profession, demeurant à Bouzrina (en détention).
6. Kalanène Fateh, né en 1966 à Bouzrina, célibataire,
demeurant à Bouzrina (en détention).
7. Boulesbaa Youssef, né en 1953 à Khemis Isser (Boumerdès),
marié, demeurant à Mohammedia (Alger) (en détention).
8. Aimat Mohamed dit Abou Obeïda, né en 1965 à
Alger, enseignant, marié, demeurant à Bab El Oued
(détenu).
9. Mansouri Méliani dit Salem, né en 1944 à
Khemis El Khechna, marié, demeurant à Sidi Moussa
(en détention).
10. Alili Azzedine, né en 1959 à Alger, commerçant,
marié, demeurant à Alger (en détention).
11. Laskri Djamal-Eddine, né en 1960 à Annaba, marié,
demeurant à Saïd Hamdine, Birmandreïs (en détention).
12. Bakour Mabrouk, né en 1967 à Sidi Aich, mécanicien
auto, célibataire, demeurant à Birmandreïs (en
détention).
13. Tchikou Djamal, né en 1959 à Médéa,
marié, demeurant à Kouba (en détention).
14. Tahri Madjid, né en 1958 à Ouled Sidi Brahim,
demeurant à Kouba (en détention).
15. Tahri Belkacem, né en 1962 à Ouled Sidi Brahim,
célibataire, demeurant à Aïn El Hammam (en détention).
16. Tahri Mohamed, né en 1948 à Ouled Sidi Brahim,
enseignant, marié, demeurant à Bab Ezzouar (en détention).
17. Tahri Djamal-Eddine, né en 1951 à Ouled Sidi Brahim,
divorcé, demeurant à Kouba (en détention).
18. Derrahmoune Ahmed, né en 1948 à Harbil, marié,
demeurant à Kouba (en détention).
19. Mouaki Bennani Ziad, né en 1964 à Alger, marié,
demeurant à Alger (en détention).
20. Tebani Saïd, né en 1948 à Kouba, marié,
demeurant à Hussein-Dey (en détention).
21. Rabhi Amar, né en 1954 à Azzefoun, marié,
demeurant à Kouba (en détention).
22. Matlou Mohamed, né en 1939 à Hadjout, marié,
demeurant à Hydra (en détention).
23. Harizi Lakhdar, né en 1961 à MSila, marié,
demeurant à MSila (en détention).
24. Belhaouari Sid-Ali, né en 1964 à Kouba, marié,
demeurant à Kouba (en détention).
25. Chenabet Boualem, né en 1966 à El Anasser, marié,
demeurant à El Anasser (en détention).
26. Mesbah Hassan, né en 1962 à Alger, marié,
demeurant à Alger (en détention).
27. Haddache Sid-Ali, né en 1961 à Baraki, célibataire,
demeurant à Alger (en détention).
28. Maarif Saïd, né en 1958 à Barika, marié,
imam de mosquée, demeurant à Barika (en détention).
29. Lamouchi Fouad, né en 1954 à Skikda, marié,
enseignant, demeurant à Skikda (en détention).
30. Tahari Salim, né en 1962 à Barika, célibataire,
demeurant à Barika (en détention).
31. Zouita Ali, né en 1954 à Ouled Moussa, marié,
avocat, demeurant à Bourouba (en détention).
(En liberté, laccusé 32 :) Zebda
Benazzouz.
(En fuite, les accusés 33 à 58 :) Guettaf
Rabah, Ressaf Djamal, Bahlouli Lounès, Bennouis Abdelkader,
Touati Achour, Zekioui Brahim, Chebouti Abdelkader, Aït Haddad
Abdelghani, Achir Redouane, Hocine Abdelhamid, Makhloufi Saïd,
Mechta Omar, Hocine Abdallah, Abassi Salim, Abassi Oussama, Abassi
Iqbal, Menaâ Mourad, Zaâf Kamel, Lamali Mohamed, Tchikou
Tewfik, Tchikou Liès, Lounissi Djamal, Azzi Djemai, Titraoui
Abdennacer, Rabah Kebir, Chami Ali.
Accusés
de :
- Port des armes contre lAlgérie, actes susceptibles
de nuire à la défense nationale, attentats visant
à détruire ou changer le régime, excitation
des citoyens à sarmer contre lautorité
de lEtat, atteinte à lintégrité
du territoire national, constitution de forces armées sans
autorisation de lautorité, actes visant à porter
le massacre et la dévastation, commandement de bandes armées,
fabrication et détention dexplosifs, destruction dédifices
publics par explosifs, non-communication aux autorités dinformations
concernant des crimes, vol qualifié, constitution dassociation
de malfaiteurs, assistance à association de malfaiteurs,
soustraction de criminels à larrestation et aux recherches,
port darmes prohibées, pour les accusés :
Hocine Abderrahim, Soussène, Hachaichi, Rouabhi, Fennouh,
Aimat, Boulesbaa, Mansouri, Alili, Laskri, Bakour, Guettaf, Ressaf,
Bahlouli, Bennouis, Touati, Zekioui, Aït Haddad, Achir, Hocine
Abdelhamid, Makhloufi, Mechta, Hocine Abdallah.
- Port
des armes contre lAlgérie, actes susceptibles de nuire
à la défense nationale, attentats visant à
détruire ou changer le régime, excitation des citoyens
à sarmer contre lautorité de lEtat,
atteinte à lintégrité du territoire national,
constitution et appartenance à groupes armés sans
autorisation de lautorité, actes visant à porter
le massacre et la dévastation, commandement de bandes armées,
fabrication et détention dexplosifs, destruction dédifices
publics par explosif, non-communication aux autorités dinformations
concernant des crimes, vol qualifié, association de malfaiteurs,
assistance à association de malfaiteurs, soustraction de
criminels à larrestation et aux recherches, port darmes
prohibées, détention et diffusion de directives dexcitation,
mobilisation de la participation à létranger
pour nuire aux intérêts de lAlgérie, pour
les accusés : Tahri Madjid, Tahri Belkacem, Tahri Mohamed,
Tahri Djamal-Eddine, Derrahmoune, Mouaki Bennani, Rabhi, Harizi,
Belhouari, Chebouti, Abassi Salim, Abassi Oussama, Abassi Iqbal,
Menaâ, Zaaf, Lamali, Tchikou Tewfik, Tchikou Liès,
Lounissi, Azzi, Titraoui, Kebir, Chami.
- Pour Tchikou Djamal, en sus de ces charges : détention
darmes de guerre, faux et usage de faux.
- Port
des armes contre lAlgérie, actes susceptibles de nuire
à la défense nationale, attentat visant à détruire
ou changer le régime, excitation des citoyens à sarmer
contre lautorité de lEtat, atteinte à
lintégrité du territoire national, constitution
et appartenance à groupes armés sans autorisation
de lautorité, actes visant à porter le massacre
et la dévastation, non-communication aux autorités
dinformations concernant des crimes, vol qualifié,
assistance à association de malfaiteurs, port darmes
prohibées, détention et diffusions de directives dexcitation,
mobilisation de la participation à létranger
pour nuire aux intérêts de lAlgérie, pour :
Matlou Mohamed.
- Port
des armes contre lAlgérie, actes susceptibles de nuire
à la défense nationale, attentat visant à détruire
ou changer le régime, excitation des citoyens à sarmer
contre lautorité de lEtat, atteinte à
lintégrité du territoire national, constitution
et appartenance à groupes armés sans autorisation
de lautorité, actes visant à porter le massacre
et la dévastation, fabrication et détention dexplosifs,
destruction dédifices publics par explosif, non-communication
aux autorités dinformations concernant des crimes,
assistance à association de malfaiteurs, port darmes
prohibées, détention et diffusion de directives dexcitation,
pour laccusé : Tebani Saïd.
- Actes
visant à porter le massacre et la dévastation, appartenance
à mouvement armé, détention darmes de
guerre, faux et usage de faux, pour les accusés :
Chenabet, Mesbah, Haddache, Marif, Lamouchi.
- Actes
visant à porter le massacre et la dévastation, constitution
et appartenance à un mouvement armé, pour les accusés :
Zebda et Zouita.
- Constitution
et appartenance à un mouvement armé et faux et usage
de faux, pour laccusé : Tahari.
- Non-communication
aux autorités dinformations concernant des crimes,
pour laccusé : Fernane Fatah.
Les
faits :
Attendu que, le 26 août 1992, les services de police ont reçu
un appel téléphonique anonyme les informant de la
présence de trois bombes sur le point dexploser, la
première déposée dans lagence dAir
France du boulevard Amirouche, la deuxième dans lagence
de Swissair de la rue Didouche Mourad et la troisième à
laéroport Houari Boumediène.
Attendu que, aussitôt, la police a fait évacuer les
employés de lagence dAir France ainsi que ses
clients, de sorte que lexplosion de la bombe, bien que provoquant
des dégâts matériels importants, na pas
fait de victime ; que la bombe déposée à
lagence de Swissair fut découverte par les policiers
qui sy trouvaient en permanence, lun deux prenant
la serviette qui la contenait et la déposant dans la rue
en attendant larrivée des experts ; que, sagissant
de laéroport, la police, aussitôt après
lappel téléphonique, a informé ses services
présents sur les lieux qui nont pu éviter la
catastrophe, nayant pas eu le temps dévacuer
les centaines de personnes se trouvant dans le hall de laéroport.
Attendu que, en lespace de quelques minutes, la bombe a explosé
dans le hall central des départs vers létranger
où la police a aussitôt procédé aux constatations
dans le trouble extrême des citoyens présents et au
milieu des dommages importants subis par lédifice.
Lexplosion a détruit toutes les vitres, abattu le plafond
de laéroport et très gravement endommagé
les locaux commerciaux. Elle a tué 9 personnes et blessé
118 autres.
Ces bombes ont été posées par des personnes
ayant décidé débranler le régime
établi en Algérie par le massacre et la dévastation,
fût-ce aux dépens dinnocents. Cette opération
entre dans un programme établi par les membres du Mouvement
islamique armé avant linterruption du processus électoral
du 26/12/1991.
Le 5 août 1992 à 11 heures, trois hommes, à
bord dune Peugeot 309 immatriculée 01683.188.16, passant
plusieurs fois devant le domicile dun haut responsable des
services de sécurité, attirent lattention des
gardes en poste qui décident de contrôler leur identité.
Lun des trois hommes a ouvert le feu sur les policiers qui
ont répliqué, le tuant net, tandis que les deux autres
hommes prenaient la fuite, abandonnant la voiture. Lenquête
de la police devait établir que les deux fuyards étaient
Soussène Saïd dit Ammar et Bakour Mabrouk dit Brahim.
Le premier fut arrêté à bord dune Fiat
bleue immatriculée 12726.177.16. Il portait un pistolet chargé.
Lors de linterrogatoire, il a avoué être un membre
actif du Mouvement islamique armé et avoir participé
aux opérations terroristes. Il a avoué aussi que,
après linterruption du processus électoral,
Bennouis Abdelkader avait réuni Soussène, Titri Ahmed,
Hocine Abderrahim, Ressaf, Hocine Ahmed, Touati, Zekiou et Djennadi
pour les informer que le moment était venu de défendre
leurs droits et les droits des Chouyoukhs emprisonnés et
quil fallait donc sorganiser au niveau national. Les
rôles furent répartis pour lorganisation de cellules
au niveau du pays. Pour justifier les opérations criminelles
commises par le mouvement, assassinats et attentats à lexplosif,
Soussène a informé le groupe quune fatwa du
cheikh Ikhlef Cherrati autorisait toutes les opérations menées
contre le pouvoir, seul moyen pour arriver à lédification
de lEtat islamique.
Attendu
que, pendant le ramadan de 1992, Soussène, accompagné
de Hocine Abderrahim, a rencontré Chebouti à Bouzaréa
pour envisager ensemble une réunion dans les montagnes de
Lakhdaria mais quils ne purent arriver à un accord,
que, à la même période, Soussène a rencontré
Alhoub Djamal et Allal Mohamed, dit Moh Léveilley, celui-ci
linformant quun groupe activait dans la région
de Blida. Hocine Abderrahim, hébergé chez Rouabhi,
a reçu Soussène qui la informé que Marif
Ali était spécialisé dans la fabrication des
bombes artisanales et que son intermédiaire était
Bahlouli.
Une semaine plus tard, Aïmat Mohamed a contacté Soussène
pour lui proposer de poser une bombe à lintérieur
du siège de la Télévision, précisant
quune charge placée sous la chaudière, près
de la canalisation de gaz, causerait dénormes dégâts.
Soussène a voulu dabord consulter Hocine Abderrahim
et, après accord, lopération fut exécutée
mais sans les résultats escomptés. On décida
alors de viser le siège de la Sûreté de wilaya
dAlger mais la bombe a explosé dans les mains de celui
qui la mettait au point. Aimat a fait une nouvelle tentative visant
le cabinet du wali dAlger. Mais la police a découvert
la bombe au domicile de Amari Azzeddine qui fut abattu en résistant.
Les activités de la cellule furent alors interrompues.
Attendu que, après une semaine dobservation, la cellule
a voulu se réorganiser. Soussène et Hocine Abderrahim
se sont rendus à Birmandreïs chez Bakour qui a proposé
lassassinat de personnalités, en particulier un haut
responsable de la Sûreté habitant à Hydra. Bakour,
habitant près de la cible, sest vu confier la mission
de surveillance.
Cest ainsi que se sont produits les événements
du 5 août 1992 à Hydra. Lun des trois occupants
de la 309 est descendu de voiture et a fui après avoir ouvert
le feu. Abattu par les policiers, il fut identifié comme
étant Bachir Yahia dit « le Rouget »,
un des chefs terroristes. Lenquête a établi que
les deux hommes en fuite étaient Soussène et Bakour.
Soussène fut blessé à la cuisse gauche au moment
où il prenait la fuite. Il sest rendu chez Hamchaoui
qui a retiré la balle de la cuisse, la soigné
et la transporté à El Harrach, près de
la mosquée voisine dun jardin public où Hocine
Abderrahim la retrouvé et transporté dans une
cachette à Baba Hassan où se trouvait un groupe terroriste.
Au cours dune rencontre chez Zekioui à laquelle ont
participé, outre celui-ci, Soussène et Ahmed Mourad
dit Djaffar El Afghani, Soussène a affirmé que cétait
lui qui avait organisé la pose des bombes à la Télévision
et au siège de la Sûreté dAlger. Ahmed
Mourad a alors proposé de poser une bombe dans la tour de
contrôle de laéroport Boumediène, disant
connaître quelquun travaillant sur les lieux et susceptible
de leur faciliter lopération. Soussène a contacté
Salah El Afghani pour linformer du projet. Celui-ci a répondu
quil ne disposait pas de la matière nécessaire
à la fabrication de la bombe mais quil ferait tout
pour se la procurer et remettre la bombe par lintermédiaire
de Bahloul. Il a aussi demandé à Soussène de
lui procurer le chlorure de potassium. Soussène lui a indiqué
quil connaissait quelquun travaillant à la société
des tabacs et allumettes quil solliciterait à cette
fin. Informé par Soussène, Hocine Abderrahim a donné
son accord au projet.
Attendu que cest alors que Soussène a été
arrêté le 05/08/1992 alors quil se rendait chez
Haddiche Salim pour y prendre les matières nécessaires
à la fabrication de lengin explosif. Le projet de déposer
une bombe à laéroport fut ajourné à
larrestation de Soussène. Hocine Abderrahim le reprit
à son compte. Celui-ci était lorganisateur principal
des opérations dans la région Centre. Cest lui
qui était le trait dunion entre les chefs terroristes.
Pendant le mois de ramadan, il a participé à une réunion
tenue dans un bidonville situé dans les montagnes de Lakhdaria,
avec Chebouti, Makhloufi, Bennouis, El Eulmi, Bourahli et Moutadjer,
dont lordre du jour était la désignation dun
émir au niveau national. En labsence de Mansouri Meliani,
cest Chebouti qui fut désigné à titre
provisoire. Une semaine plus tard, on décida une nouvelle
rencontre avec les mêmes participants auxquels sajoutait
Meliani. Mais elle naboutit à rien, Chebouti et Meliani
ayant chacun revendiqué le titre démir national.
En tant que responsable de lorganisation du Centre, Hocine
Abderrahim a été choisi par Ressaf et Soussène
pour toutes les opérations faites à Alger et dans
ses environs ainsi que les assassinats de policiers, la désertion
des commandos de la caserne de Beni Messous. La désertion
du sous-lieutenant Benabdallah de la caserne de Dar El Beïda
a été organisée et exécutée par
Ressaf. Un important lot darmes a été volé
à la région militaire de Blida. La désertion
de soldats de la garnison de Bechar a été organisée
par Makhloufi.
Attendu que cest Hocine Abderrahim qui a planifié lattentat
de laéroport, que la cible avait été
choisie dans le but débranler le régime, en
paralysant léconomie nationale, que lidée
en était née pendant le ramadan de 1992, après
que fût rejetée la proposition faite au domicile de
Rouabhi en présence de Abderrahim, par Mechrouk Mohamed,
mécanicien aux hangars de laéroport, de mettre
le feu à un avion dAir Algérie.
Attendu que, en juin 1992, une rencontre a réuni, au domicile
de Boulesbaa à Mohammedia, les nommés Sid Ahmed Mourad
dit Djaffar El Afghani, Guettaf, Hocine Abderrahim et son frère
Ahmed, que Abderrahim y a soutenu que lopération de
laéroport porterait un coup à la réputation
internationale de lAlgérie et provoquerait son isolement
politique en tant que pays devenu dangereux.
Attendu que les tâches furent ainsi réparties :
Guettaf chargé de fabriquer la bombe, Boulesbaa de la transporter
dans sa R4 de couleur rouge pour la remettre à Si Ahmed chargé
de la poser à laéroport, Hocine Abderrahim chargé
dacheter le plastic et le TNT ; que Hocine Abderrahim
prit aussitôt contact avec Ammour, ancien président
dune APC, ce dernier achetant pour lui 5 kg de plastic pour
50 000 DA, que Hocine Ahmed sest rendu pour sa part à
Meftah où le nommé Baâ lui a remis 15 kg de
TNT et que, enfin, Guettaf a fabriqué la bombe chez Fennouh,
utilisant la technique apprise en Irak où il avait séjourné
4 mois pendant la guerre du Golfe.
Attendu que, pendant ce temps, Hocine Abderrahim rencontrait, chez
Rouabhi, Hachaichi, commandant de bord à Air Algérie,
quil a consulté sur le lieu exact où il fallait
placer la charge, que Hachaichi a estimé quil serait
difficile de la poser dans la tour de contrôle en raison des
mesures de surveillance strictes, proposant le hall central des
lignes étrangères et recommandant un horaire de forte
affluence, entre 10 et 11 heures.
Attendu que, ayant ainsi réuni tous les éléments,
Hocine Abderrahim a ordonné par téléphone à
Guettaf de tenir la bombe prête pour le 26 août et de
la régler pour 10 heures et que, le 25 août, Guettaf
la informé que la bombe était prête ;
que Hocine Abderrahim sest alors rendu à Mohammedia,
à bord dune « Jetta » conduite
par Alili, pour retrouver Boulesbaa et Si Ahmed à qui il
a demandé de prendre livraison de la bombe au domicile de
Fennouh et de la déposer dans le hall de laéroport
réservé aux lignes étrangères entre
9 heures 30 et 10 heures, quils se sont tous mis daccord
pour se retrouver après lexplosion à la mosquée
El Feth El Moubine dEl Harrach, convenant
que, une fois la bombe posée, Boulesbaa devait appeler au
téléphone les responsables de laéroport
pour les avertir de limminence de lexplosion.
Attendu que tout fut fait comme convenu et que, après lexplosion,
Hocine Abderrahim a retrouvé Boulesbaa qui la informé
du succès de lopération.
Attendu que Hocine Abderrahim a avoué avoir été
linstigateur principal de ce massacre collectif.
Attendu que, le 31 août 1992, une réunion a rassemblé
Allal Mohamed, Hocine Abderrahim, Layada Abdelhak, Boulesbaa, Chebouti,
Ressaf, Touati, Bouguerra, Zekioui et Saddouki avec pour ordre du
jour lélargissement du Madjliss Choura, lunification
des groupes armés et la désignation dun émir
national, que laccord ne put se faire et quon décida
dajourner la discussion, que la réunion fut interrompue
par lintervention de la police au cours de laquelle Allal
et Bouguerra furent abattus, Hocine Abderrahim prenant la fuite
pour se rendre chez Bahlouli doù son frère le
transporta dans une maison de la région de Dellys appartenant
à Rouabhi, où il devait être arrêté.
Attendu que Hachaichi a avoué quil était lami
proche de Hocine Abderrahim du fait de leur commune appartenance
au Syndicat Islamique du Travail (SIT), quil nignorait
pas les activités de celui-ci au sein du Mouvement Islamique
Armé (MIA), même sil nétait que
le chauffeur de lorganisation au volant de sa voiture de modèle
504.
Attendu que ces déplacements avaient permis à Hachaichi
de connaître toutes les caches ainsi que les relations de
Abderrahim, quil assistait aux réunions entre les chefs
de cellules et que, au cours dune de ces réunions,
il avait été mis au courant du projet de laéroport,
quil assurait la liaison entre Hocine Abderrahim et les représentants
du MIA à létranger (France), dont Kamreddine
Kherbane.
Attendu quil utilisait ses fonctions pour acheminer les brochures
de lorganisation à létranger, quil
a reconnu avoir dit son mot dans le choix du lieu et de lhoraire
retenus pour la pose de la bombe à laéroport,
mettant à profit son expérience ; que, en juin
1992, il avait pris contact avec Boudjemline Hassan, Ressaf et Fennouh
pour héberger Guettaf, recherché par la police et
que, cinq jours plus tard, Boudjemline a emmené Guettaf pour
une destination inconnue.
Attendu que Aimat, recherché par la police, a été
arrêté en compagnie de Ammari Mohammed alors quil
était porteur dun pistolet Tokariv chargé de
sept cartouches et de sept cartouches supplémentaires et
quil a alors reconnu quil activait au sein du MIA, après
avoir été recruté par Ammari Azzeddine, plus
tard abattu par la police. Que Aimat a avoué avoir été
au courant du projet dattentat à laéroport
et quil nen avait pas informé les autorités.
Attendu que Alili Azzedine a décidé de se rendre aux
service de sécurité de la wilaya dAlger après
avoir vu les aveux télévisés de Hocine Abderrahim,
dans lesquels ce dernier lincriminait comme complice actif
de lattentat de laéroport, et après avoir
pris connaissance des articles 40 et 41 du décret présidentiel
relatif à la lutte antiterroriste et quil a alors avoué
ses liens avec Hocine Abderrahim.
Laccusé
Hocine Abderrahim :
Attendu que laccusé a reconnu avoir été
un élément actif dans la création du mouvement
pour la création de lEtat islamique mais nié
avoir participé aux actions terroristes perpétrées
dans la région Centre, en sa qualité de coordinateur
des cellules de lorganisation, exception faite de lattentat
de laéroport qui a fait 9 morts et 248 blessés.
Attendu quil avoue sa totale responsabilité dans cette
opération dont il a été linstigateur,
lorganisateur et lexécutant.
Attendu que lidée en a été suggérée
par Mohamed Cherrouk, mécanicien à laéroport,
venu voir laccusé chez Rouabhi Mohamed, à Hussein-Dey,
et quelle ne fut dabord pas retenue au motif que laction
ne visait pas un objectif militaire.
Attendu quelle fut à nouveau rejetée trois jours
plus tard au cours dune réunion tenue au même
lieu entre Hocine Abderrahim, Ahmed Titri et Abdelkader Bennouis.
En juin 1992, le projet fut lobjet dune rencontre à
Bouzrina entre Abderrahim, Soussène, Ressaf, Djaffar Zouaoui
et Mahieddine Aourit qui fut suivie dune réunion tenue
à Mohammedia chez le beau-frère de Boulesbaa, 15 jours
avant lattentat. Y ont pris part Zouaoui, Guettaf, Boulesbaa
et Abderrahim. Guettaf fut chargé de préparer la bombe,
Boulesbaa de la transporter à laéroport dans
la R4 rouge de son beau-frère et Zouaoui de la placer sous
les sièges du hall des lignes étrangères.
Attendu que laccusé a déclaré sêtre
chargé de lacquisition du plastic, son frère
Ahmed ayant acheté le TNT, quil sest procuré
le plastic auprès dun certain Omar, chef du bureau
exécutif du FIS dans la commune de Sidi Mhamed et que
Ahmed avait acheté le TNT à Baâ Azzeddine. Quant
aux autres produits, chlorure de potassium et oxygène à
120°, cest Guettaf qui les a procurés.
Attendu que laccusé a déclaré avoir ensuite
contacté Hachaichi Rachid, commandant de bord à Air
Algérie et ancien responsable du Syndicat Islamique du Travail
(SIT) qui a pris ses instructions, que celui-ci la dissuadé
de prendre pour cible la tour de contrôle de laéroport
et lui a proposé de viser le hall des lignes étrangères
à 10 ou 11 heures, heure de grande affluence. Abderrahim
a alors demandé à Guettaf de régler lexplosion
pour le 26 août 1992 à 10 heures.
Le matin du jour dit, Abderrahim et Alili se sont rendus à
bord dune « Jetta » au domicile de la
belle-famille de Abderrahim où se cachait Zouaoui à
qui Abderrahim a expliqué où et comment la bombe devait
être disposée.
Attendu que lopération fut exécutée selon
les plans de Abderrahim et que celui-ci la reconnu devant
les policiers avant de se rétracter face au juge dinstruction
le 3 octobre 1992, affirmant que ses aveux avaient été
arrachés sous la torture et la menace.
Attendu quil avait avoué quil y avait 3 groupes :
le 1e dirigé par Salah El Afghani, le second, dénommé
Mouvement Islamique armé, dirigé par Mansouri Meliani
et le 3e, dénommé Mouvement pour lEtat Islamique,
dirigé par Chebouti, auquel lui-même appartenait. Il
avait aussi avoué quil existait deux groupes armés :
le 1e activant à Alger et le 2e à Blida, ce dernier,
dirigé par Allal dit Moh Léveilley, menant des opérations
terroristes de sabotage, de vol et dassassinat dagents
publics. Laccusé a également déclaré
que, après lannulation du processus électoral,
une cellule composée de 18 à 21 membres, a été
constituée à Blida pour préparer des opérations
(financement, fourniture de moyens de transport, hébergement
des personnes recherchées). Cette cellule a été
élargie à lEst et à lOuest avec
Ahmed Tiareti comme responsable à lOuest et Belabdi
Derradji à lEst, tous deux appartenant au groupe Chebouti.
Laccusé a rencontré Chebouti, qui était
accompagné de Makhloufi, au domicile de Hadj Guettaf et cest
alors que fut décidée lintégration de
son groupe sous le commandement de Chebouti. Dès lors, le
groupe Mansouri a été fondu dans le groupe Chebouti.
Après deux réunions tenues en présence de Chebouti,
Makhloufi, Bennouis et Guettaf, une 3e rencontre se tint au djebel
Zbarbar qui désigna Chebouti à la tête du groupe,
Mansouri comme coordinateur national, Bennouis et Titri comme chargés
des affaires politique et de linformation et Hocine Abderrahim
comme coordinateur de la wilaya dAlger [
]
Laccusé
Rouabhi Mohamed dit Khalil :
Attendu que laccusé a déclaré quil
recevait chez lui Hocine Abderrahim depuis longtemps, bien que sachant
que celui-ci était recherché en tant quorganisateur
de lattentat de laéroport.
Attendu quil recevait aussi Hachaichi, Aïouaz Cherif,
Soussène, Laskri et Hocine Ahmed, tous impliqués dans
lattentat.
Attendu que laccusé a déclaré que, en
labsence de Abderrahim, il répondait pour lui au téléphone,
quil avait mis à sa disposition ses résidences
dAlger et de Dellys.
Attendu quil a déclaré nêtre pas
au courant de lattentat, mais quil avait vu Hachaichi
remettre à Abderrahim une petite valise dont il ignorait
le contenu, quil avait remarqué que Abderrahim accordait
une grande importance à lobjet. Il a aussi déclaré
quil savait que Abderrahim avait été arrêté
chez lui à Dellys.
Attendu que laccusé a affirmé navoir aucune
relation avec les groupes terroristes, quil nétait
membre daucun parti ou mouvement et quil était
certes en relation avec Abderrahim quil avait connu dans létablissement
dont il était directeur, alors quil était responsable
du SIT. Il lui a laissé les clés de son domicile parce
que Abderrahim navait pas de logement. Il rencontrait aussi
Hachaichi, Soussène, Tayeb El Djidjeli et Aïouaz qui
se réunissaient chez lui.
Attendu que laccusé a nié devant le juge dinstruction
le 17/10/1992 les faits qui lui étaient imputés, assurant
que ses premières déclarations à la police
avaient été arrachées sous la torture.
Laccusé
Hachaichi Rachid :
Attendu que laccusé a déclaré à
la police quil était lami de Abderrahim mais
quil navait en rien participé à lattentat
dont il a nié avoir eu connaissance, quil nie tout
autant avoir donné une quelconque indication de temps et
de lieu pour le dépôt de la bombe.
Attendu quil a affirmé avoir été le chauffeur
personnel de Abderrahim qui lavait désigné comme
coordinateur du mouvement entre lintérieur et létranger
mais quil a nié toutes les accusations lors de son
audition par le juge dinstruction le 08/10/1992 puis le 17/10/1992,
affirmant quil navait connu Abderrahim quen tant
que dirigeant du SIT et de la Ligue islamique du travail au niveau
de laéroport.
Attendu quil savait par Abderrahim quun groupe, dont
celui-ci ne lui avait pas révélé lidentité
des membres, avait envisagé de mettre le feu à un
avion sur laéroport.
Laccusé
Soussène Saïd :
Attendu que laccusé a reconnu être un membre
actif du mouvement armé de Chebouti dans lAlgérois
et quil était chargé de la communication entre
les différents groupes du mouvement, quil connaissait
tous les groupes de la région, quil avait apporté
son aide à la mutinerie de la caserne de Béni-Messous,
fournissant un véhicule pour transporter les mutins.
Attendu quil a pris part à toutes les réunions
tenues par les groupes armés dans lAlgérois
en vue de les unifier, de constituer une force nationale sous le
commandement de Chebouti et de proclamer le djihad, rendu légitime
par une fatwa du cheikh Ikhlef Cherati.
Attendu quil était en contact avec Abderrahim et Rouabhi
et savait que Salah El Afghani fabriquait des explosifs.
Attendu quil a reconnu avoir été au courant
des actes terroristes qui ont causé la mort de deux policiers
à Boudouaou, quil avait transporté des mutins
de larmée ainsi que les membres du groupe de Allal
Mohamed à Thénia, que, le 4 juillet à 23 heures,
ce groupe avait attaqué une 505 diesel de la police dans
la région de Boudouaou, ouvrant le feu sur les agents et
leur prenant leurs armes.
Attendu quil a avoué sa participation à la tentative
dassassinat dun responsable de la Sûreté
demeurant à Hydra mais que lopération avait
été mise en échec par les forces de lordre,
laccusé étant blessé à la jambe.
Ayant tenté douvrir le feu sur les agents, il a été
maîtrisé et arrêté.
Attendu quil a déclaré avoir fourni les engins
explosifs posés à la Télévision et au
siège de la Sûreté dAlger et que Djaffar
lui a commandé une bombe pour faire sauter la tour de contrôle
de laéroport, ce quil a accepté à
condition quon lui fournisse les produits chimiques.
Attendu quil a avoué avoir été au courant
des assassinats de policiers et de gendarmes par le groupe de Allal
Mohamed mais quil nen a pas informé les autorités.
Attendu quil a reconnu tous les faits qui lui étaient
reprochés, à lexception de lattentat de
laéroport, affirmant quil avait été
arrêté avant quil ne soit commis et quil
ignorait tout du projet et ne connaissait ni Hachaichi ni Alili
ni Laskri.
Attendu que laccusé a avoué à la police
être membre du groupe de Hocine Abderrahim dans lequel il
était chargé de fournir les charges explosives, quainsi
il avait remis à Aimat et Achir Redouane, responsables de
la cellule de Bab-El-Oued, trois bombes obtenues auprès de
Bahlouli, que, dautre part, il avait transporté 7 membres
de lANP qui avaient déserté de la caserne de
Béni-Messous.
Attendu quil a avoué avoir mené, en tant que
membre du groupe de Chebouti, plusieurs attaques contre des personnes
et des agents des forces de lordre.
Attendu que laccusé a maintenu ses déclarations
devant le juge dinstruction les 8 et 16 octobre 1992.
Laccusé
Boulesbaa Youssef :
Attendu que laccusé a reconnu avoir été
recherché dans laffaire Bouyali, quil avait participé
à la réunion tenue au domicile de sa belle-famille
à Mohammedia, en compagnie de Zouaoui dit Djaffar El-Afghani,
Guettaf Rabah, Hocine Abderrahim et son frère Ahmed et quil
y avait été question de lattentat de laéroport
et de la répartition des tâches pour son exécution.
Attendu quil a affirmé avoir été chargé
de transporter lengin explosif, à bord de la R4 de
son beau-frère, pour le remettre à Zouaoui, chargé
de le poser à lendroit convenu.
Attendu que, le 25/08/1992, il a reçu chez sa belle-famille,
Hocine Abderrahim, accompagné de Zouaoui, et que Abderrahim
lui avait demandé de le rejoindre chez Fennouh à Bouzrina
pour y prendre lengin et le livrer à Guettaf qui le
remettrait à Zouaoui.
Attendu que laccusé a avoué sêtre
rendu à laéroport, à bord de la R4 avec
Zouaoui et que, pendant que celui-ci se chargeait de poser la bombe,
il lavait attendu dans le véhicule, quensuite
il avait déposé Zouaoui à Mohammedia avant
de téléphoner aux responsables de laéroport
pour les prévenir quelques instants avant lexplosion.
Il sest ensuite rendu à la mosquée El
Feth El Moubine à El Harrach où il a fait
son rapport à Abderrahim.
Attendu quil sest rétracté devant le juge
dinstruction le 31/03/1993.
Laccusé
Laskri Djamal-Eddine :
Attendu que laccusé a nié toute appartenance
à un groupe armé, son financement ainsi que lachat
et la possession darmes.
Attendu que trois pistolets et des munitions ont été
découverts à son domicile.
Attendu quil a avoué connaître Hocine Abderrahim
et Rouabhi et avoir hébergé le premier bien que sachant
quil était en fuite.
Attendu quil a contacté Abderrahim par téléphone
pour linformer que Abderrazzak Redjam et Ikhlef Cherati souhaitaient
le rencontrer, mais quil a nié connaître ces
deux derniers et avoir remis de largent à Abderrahim
pour lacquisition darmes, quil na reconnu
que la détention darmes.
Attendu quil a nié tous les faits au cours de lenquête
préliminaire et devant le juge dinstruction le 17/03/1993,
avouant seulement connaître Hocine Abderrahim et Rouabhi.
Laccusé
Mansouri Meliani :
Attendu que laccusé a reconnu lors de son audition
par le juge dinstruction le 16/03/1993 quil dirigeait
le groupe armé de lAlgérois quil avait
créé pour abattre le régime après avoir
été membre du groupe Bouyali.
Attendu quil a avoué avoir constitué son groupe
après juin 1991 avec un majliss ech choura composé
de fouqaha, que ce groupe était dénommé
Mouvement Islamique Armé et quil voulait le doter dune
armée en mesure daffronter lEtat.
Attendu quil a déclaré que, dans lhypothèse
où lEtat naurait pas cédé à
ses exigences, il avait prévu de demander aux membres des
services de sécurité de cesser dobéir
à leurs supérieurs, sous peine de mort, que plusieurs
réunions sétaient tenues pour constituer une
armée, Chebouti étant désigné comme
chef, et que le premier objectif, qui ne fut pas atteint, était
de semparer de la Télévision.
Attendu quil a déclaré avoir rencontré
Chebouti à Zbarbar dans lintention de proclamer le
djihad mais quil y ont renoncé, les conditions ne sy
prêtant pas.
Attendu quil a aussi avoué que Hocine Abderrahim, Guettaf,
Makhloufi, Lahrani et Leulmi assistaient à la rencontre.
Attendu quil a nié avoir participé à
lattentat de laéroport dont il ignorait tout
malgré ses contacts avec Abderrahim.
Laccusé
Fennouh Karim :
Attendu que laccusé a avoué avoir hébergé
Guettaf alors que celui-ci était en fuite et que ce dernier
avait rencontré Hocine Abderrahim à deux reprises
chez lui où Abderrahim avait remis à Guettaf les produits
chimiques nécessaires à la confection de la bombe.
Attendu quil a assisté à la fabrication de lengin
explosif par Guettaf.
Attendu quil a avoué son implication dans le vol darmes
de la caserne de Dar El Beïda avec la complicité du
sous-lieutenant Abdallah, quil a reconnu sêtre
rendu à 4 heures du matin à la caserne à bord
dune 405 conduite par Bouguerra, en compagnie de Ghazali,
que cest Abdallah qui les a introduits dans les lieux où
ils se sont emparés de trois kalachnikovs MPK 4 et de trois
pistolets automatiques.
Attendu que laccusé a confirmé ces déclarations
faites à la police lors de ses deux auditions par le juge
dinstruction les 8 et 17 octobre 1993, affirmant navoir
rien fait dautre que ce quil a avoué.
[
]
Laccusé
Aimat Mohamed :
Attendu que laccusé a dabord déclaré
avoir été au courant du projet dattentat de
laéroport cinq à six jours avant quil
ne soit commis, quil nen a pas informé les autorités
et quil a été arrêté en possession
dun pistolet et de six cartouches.
Attendu que, lors de son interrogatoire par la police, il a avoué
connaître les instigateurs et les exécutants de lattentat
et quil a avoué sa participation aux opérations
qui ont visé le siège de la Télévision,
la Sûreté de wilaya dAlger et le siège
de la wilaya.
Attendu quil a confirmé ces aveux lors de sa comparution
devant le juge dinstruction le 08/10/1992 avant de revenir,
le 17/12/1992, sur les aveux faits à propos de lattentat
de laéroport.
[
]
Attendu
quil ressort de lexamen du dossier et des déclarations
des accusés quune réunion sest tenue durant
le ramadan 1992 à Zbarbar à laquelle ont pris part,
dans une maison construite à cet effet, Abdelkader Chebouti,
Mansouri Meliani, Saïd Makhloufi, Abdennacer El-Eulmi, Saadane
Bourahli, Abdelkader Bennouis, Hocine Moutadjer et Hocine Abderrahim,
quelle avait pour objet lélection de lémir
du Mouvement Islamique Armé et la répartition des
postes de direction.
Attendu quaprès lélection de Chebouti
au poste démir, les charges furent réparties
selon les principes en cours dans le mouvement quavait dirigé
Bouyali, lorganigramme retenu étant le suivant :
Emir national : A. Chebouti
Coordinateur national : M. Meliani
Chargé des affaires militaires : S. Makhloufi
Responsable de (illisible, NDLR) : A. El-Eulmi
Responsables des finances : H. Moutadjer et S. Bourahli
Chargé de la commission politique et de linformation :
A. Bennouis
Chargé des affaires étrangères : Kamreddine
(se trouvant en France et donc absent à la réunion)
Coordinateur au niveau de la wilaya dAlger : Hocine Abderrahim.
Quatre régions furent créées : la région
Centre commandée par Hocine Abderrahim, la région
Est par Derradji (de Batna), la région Ouest par Ahmed Belguerroum
(de Sougueur) et la région Sud.
Dans chaque commune de la région commandée par Hocine
Abderrahim, fut créée une cellule composée
de 10 à 20 membres, les chefs de cellules communiquant par
lintermédiaire de Soussène et de Ressaf, de
sorte que linformation circulait de haut en bas et de bas
en haut sans que les chefs de cellule ne se connaissent. Ainsi,
les services de sécurité ne pouvaient atteindre lensemble
de lorganisation du seul fait de larrestation dun
membre dune des cellules. Ressaf secondait H. Abderrahim dans
les cellules de la wilaya dAlger qui étaient Bab El
Oued, El Harrach, Baraki, Oued Ouchayah, Bouzaréa, Kouba
et Les Eucalyptus. Il était chargé du financement,
de linstallation et de laménagement des caches
et de la fourniture des moyens de transport. Cette organisation
visait à mener des opérations terroristes, son but
était la destruction de léconomie nationale
par des actes de sabotage.
Il y avait en outre un groupe chargé de lassassinat
des agents des forces de sécurité et cest Allal
Mohamed dit Moh Léveilley et Zouaoui Djaffar dit Djaffar
El Afghani qui le dirigeaient. Dautre part un réseau
fut créé pour inciter les soldats de larmée
à la désertion et il fut confié à Saïd
Makhloufi en sa qualité dancien officier de lANP.
Parallèlement, une organisation secrète fut mise sur
pied pour poursuivre laction politique du parti dissous, sous
lappellation « El Baqoun Alal Ahd »
et sous la direction de Kamreddine Kherbane et Abassi Salim dit
Salmane.
Le Mouvement Islamique Armé est responsable des actions terroristes
suivantes :
- Tentative dattentat à lexplosif contre lentreprise
nationale de télévision.
- Tentative dattentat à lexplosif contre le siège
de la Sûreté de wilaya dAlger.
- Tentative dattentat à lexplosif contre le siège
de la wilaya dAlger.
- Tentative dattentat à lexplosif contre les
agences dAir France et de Swissair.
- Assassinat de cinq agents de la Sûreté dans la région
de Boudouaou.
- Tentative dassassinat du directeur général
de la Sûreté Nationale.
- Vols à Chéraga.
- Vols à Bouzrina.
- Attentat à lexplosif contre laéroport
Houari Boumediène.
En raison de léchec de certaines de ses tentatives
dattentats à lexplosif et du peu deffet
obtenu au double plan interne (ébranlement du régime,
atteinte à la défense nationale, à lunité
nationale) et international (isolement de lAlgérie
en tant que zone dangereuse), la première idée conçue
par le groupe fut dincendier des avions sur laéroport
H. Boumediène. Mais le projet ne fut pas retenu du fait que
ces avions nétaient pas des appareils militaires. On
songea alors à sattaquer à la tour de contrôle
du même aéroport. Mais Hachaichi sy opposa et
convainquit Hocine Abderrahim que cet objectif était trop
bien gardé. On en vint donc à lidée de
faire sauter un engin de forte puissance dans le hall de laéroport
et cest Soussène qui en fit le premier la proposition,
après avoir consulté Abderrahim et obtenu son accord.
Le projet était en cours de réalisation lorsque larrestation
de Soussène à Bouzrina en possession dun pistolet
obligea à linterrompre. Le projet fut ensuite relancé
sous limpulsion de Abderrahim. Une réunion se tint
au domicile des beaux-parents de Boulesbaa à Mohammedia en
présence de Djaffar Zouaoui, Guettaf Rabah, Boulesbaa Youssef
et Hocine Ahmed. Les tâches relatives au projet dattentat
y furent réparties : Guettaf fut chargé de préparer
la bombe, Boulesbaa de la transporter à laéroport
à bord de sa R4 et Zouaoui de la déposer sous les
sièges du hall des lignes étrangères. Abderrahim
se chargea dobtenir 5 kg de plastic que lui a procuré
le nommé Ammour, chef du bureau exécutif du FIS à
la commune de Sidi Mhamed, tandis que son frère Ahmed
se procurait le TNT auprès de Baâ Azzeddine.
[
]
Attendu que les accusés Hocine Abderrahim, Soussène,
Hachaichi, Boulesbaa, Tchikou, Aimat, Bakour, Laskri, Fennouh ont
nié leur participation à lattentat en dépit
des lourdes charges qui pèsent sur eux et ceci en raison
de la réprobation unanime que lattentat a suscitée
dans lopinion.
Attendu que dautres charges pèsent sur ces accusés :
port des armes contre lAlgérie, actes susceptibles
de nuire à la défense nationale, attentats visant
à détruire ou changer le régime, excitation
des citoyens à sarmer contre lautorité
de lEtat, atteinte à lunité du territoire,
constitution de forces armées, actes visant à porter
le massacre et la dévastation, commandement de bandes armées,
fabrication et détention dexplosifs, destruction dédifices
publics par explosifs, non-communication aux autorités dinformations
concernant des crimes, vol qualifié, constitution dassociation
de malfaiteurs, assistance à association de malfaiteurs,
recel de criminels, port darmes prohibées, tous faits
pénalement réprimés.
Attendu que sont constituées, par les déclarations
des accusés et les faits établis, les charges dhomicide
volontaire avec préméditation et guet-apens, de coups
et blessures volontaires prémédités et avec
guet-apens contre les accusés Hocine Abderrahim, Soussène
Saïd, Hachaichi Rachid, Rouabhi Mohamed-Khalil, Fennouh Karim,
Aïmat Mohamed, Boulesbaa Youssef, Ressaf Djamal-Eddine, Bennouis
Abdelkader, Guettaf Rabah, faits prévus et réprimés
par les articles 254 à 258 et 263 à 265 CP.
[
]
Par
ces motifs :
La chambre de contrôle décide daccuser :
1°-
Hocine Abderrahim, Soussène Saïd, Hachaichi Rachid,
Rouabhi Mohamed, Fenouh Karim, Aimat Mohamed, Boulesbaa Youssef,
Mansouri Meliani, Alili Azzeddine, Laskri Djamal-Eddine, Bakour
Mabrouk, Guettaf Rabah, Ressaf Djamal, Bahlouli Lounès, Bennouis
Abdelkader, Touati Achour, Zekioui Brahim, Aït Haddad Abdelghani,
Achir Redouane, Hocine Abdelhamid, Makhloufi Saïd, Mechta Omar,
Hocine Abdallah des crimes et délits suivants : port
des armes contre lAlgérie, actes susceptibles de nuire
à la défense nationale, attentats visant à
détruire ou changer le régime, excitation des citoyens
à sarmer contre lautorité de lEtat,
atteinte à lintégrité du territoire national,
constitution de forces armées sans autorisation de lautorité,
actes visant à porter le massacre et la dévastation,
commandement de bandes armées, fabrication et détention
dexplosifs, destruction dédifices publics par
explosifs, non communication aux autorités dinformations
concernant des crimes, vol qualifié, constitution dassociation
de malfaiteurs, assistance à association de malfaiteurs,
soustraction de criminels à larrestation et aux recherches,
port darmes prohibées, faits prévus et réprimés
par les articles 61, 73, 74, 76, 77, 78, 80, 84, 86, 87, 176, 177,
180, 181, 351, 401, 403, 408 et 96 CP, par le décret n°
85/63 et par les articles 1, 3, 6, 7 et 8 du décret
législatif n° 92/03 du 30/09/1992 relatif à la
lutte antiterroriste.
2°-
Hocine Abderrahim, Soussène Saïd, Hachaichi Rachid,
Rouabhi Mohamed, Fenouh Karim, Aimat mohamed, Boulesbaa Youssef,
Guettaf Rabah, Ressaf Djamal, Bennouis Abdelkader des crimes dhomicide
volontaire avec préméditation et guet-apens sur la
personne des neuf victimes suivantes (suit la liste des personnes
décédées dans lattentat du 26 août
1992, NDLR) et de blessures volontaires par explosifs contre
118 autres victimes, faits prévus et réprimés
par les articles 254 à 256 et 263 à 265 CP.
3°-
Tahri Madjid, Tahri Belkacem, Tahri Djamal-Eddine, Tahri Mohamed,
Derrahmoune Ahmed, Mouaki Bennani, Rouabhi Ammar, Harizi Lakhdar,
Belhaouari Sid-Ali, Tchikou Djamal, tous détenus, et Chebouti
Abdelkader, Abassi Salim, Abassi Oussama, Abassi Iqbal, Manaâ
Mourad, Zaaf Kamal, Lamali Mohamed, Tchikou Toufik, Tchikou Liès,
Lounissi Djamal, Azzi Djemai, Titraoui Abdennacer, Rabah Kebir et
Chami Ali, en fuite, des crimes et délits suivants :
port des armes contre lAlgérie, actes susceptibles
de nuire à la défense nationale, attentats visant
à détruire ou changer le régime, excitation
des citoyens à sarmer contre lautorité
de lEtat, atteinte à lintégrité
du territoire national, constitution et appartenance à groupes
armés sans autorisation de lautorité, actes
visant à porter le massacre et la dévastation, commandement
de bandes armées, fabrication et détention dexplosifs,
destruction dédifices publics par explosifs, non communication
aux autorités dinformations concernant des crimes,
vol qualifié, association de malfaiteurs, assistance à
association de malfaiteurs, soustraction de criminels à larrestation
et aux recherches, port darme prohibé, détention
et diffusion de directives dexcitation, mobilisation de la
participation à létranger pour nuire aux intérêts
de lAlgérie, faits prévus et réprimés
par les articles 61, 73 à 75, 77 à 80, 84, 86, 87,176,
177, 180, 181, 351, 401 à 403 et 96 CP, par le décret
85/63 et par les articles 1, 3, 6, 7 et 8 du décret législatif
n° 92/03 du 30/09/1992 relatif à la lutte antiterroriste ;
Tchikou Djamal, en plus, des délits de détention darmes
de guerre et de faux et usage de faux, faits prévus et réprimés
par les articles 222 et 223 CP et le décret 85/63.
4°-
Matlou Mohamed des crimes et délits suivants : port
des armes contre lAlgérie, actes susceptibles de nuire
à la défense nationale, attentat visant à détruire
ou changer le régime, excitation des citoyens sarmer
contre lautorité de lEtat, atteinte à
lintégrité du territoire national, constitution
et appartenance à groupes armés sans autorisation
de lautorité, actes visant à porter le massacre
et la dévastation, non communication aux autorités
dinformations concernant des crimes, vol qualifié,
assistance à association de malfaiteurs, port darmes
prohibées, détention et diffusions de directives dexcitation,
mobilisation de la participation à létranger
pour nuire aux intérêts de lAlgérie, faits
prévus et réprimés par les articles 61, 73,
74, 77, 78, 80, 81, 180, 181 CP et 5 et 6 du décret législatif
n° 92/03.
5°-
Tebani Saïd des crimes et délits suivants : port
des armes contre lAlgérie, actes susceptibles de nuire
à la défense nationale, attentat visant à détruire
ou changer le régime, excitation des citoyens à sarmer
contre lautorité de lEtat, atteinte à
lintégrité du territoire national, constitution
et appartenance à groupes armés sans autorisation
de lautorité, actes visant à porter le massacre
et la dévastation, fabrication et détention dexplosifs,
destruction dédifices publics par explosifs, non communication
aux autorités dinformations concernant des crimes,
assistance à association de malfaiteurs, port darmes
prohibées, détention et diffusion de directives dexcitation,
faits prévus et réprimés par les articles 80,
81, 44, 401, 403, 180, 181 CP et 7 et 8 du décret législatif
n° 92/03.
6°-
Chenabet Boualem, Mesbah Hassan, Haddache Sid-Ali, Maarif Saïd,
Lamouchi Fouad des crimes et délits suivants : actes
visant à porter le massacre et la dévastation, appartenance
à mouvement armé, détention darmes de
guerre, faux et usage de faux, faits prévus et réprimés
par les articles 84, 86, 87, 222, 223 CP et par le décret
85/63.
7°-
Zebda Benazzouz et Zouita Ali des crimes suivants : actes visant
à porter le massacre et la dévastation, constitution
et appartenance à un mouvement armé, faits prévus
et réprimés par les articles 84, 86 et 87 CP.
8°-
Tahari Salim de constitution et appartenance à un mouvement
armé et faux et usage de faux, faits prévus et réprimés
par les articles 84, 87 et 222 CP.
9°-
Fernane Fatah de non communication aux autorités dinformations
concernant des crimes, pour laccusé, faits prévus
et réprimés par les articles 180 et 181 CP.
La
chambre de contrôle décide de les déférer
devant la cour spéciale dAlger pour quils soient
jugés selon la loi.