La logique institutionnelle
voudrait que, en parlant de l’initiative présidentielle de référendum,
on se doive d’utiliser le terme de proposition au peuple. Ce faisant,
on s’installerait, dans une démarche d’emblée aspirée par l’environnement
politique d’où procède l’univers de prédation conceptuelle. Cette
dernière consiste dans l’utilisation de notions, de concepts qui ont
vu le jour et se sont développés en occident pour prendre les contours
définitifs qu’on leur attribue aujourd’hui dans le sens de la construction
démocratique de l’Etat, des institutions et régimes politiques. L’armature
du discours politique algérien, puisque c’est lui qui nous intéresse,
nous installe dans un monde de sens supposé par le recours aux termes
qui, à l’examen, s’avère masquer un monde sans rapport avec ce que
pourraient désigner les mots. En termes concis, on parlerait de mystification.
Cependant, la concision risquerait de conduire à la simplification.
Aussi fastidieuse que soit notre démonstration, elle vaut le détour
d’autant plus que le nombre d’acteurs, loin d’être dupes, tels les
cadres de la nation, qui sont gratifiés de la primeur du discours,
jouent le jeu de la mystification. Si l’on devait, par conséquent
se joindre à la cohorte des acteurs et jouer le jeu de la mystification,
on devrait, selon les normes établies parler du référendum proposé
par le président de la République au verdict des électeurs. Prenons
les termes l’un après l’autre et décomposons leur signification par
rapport aux processus politiques qui incitent à cerner la réalité
dans laquelle s’insèrent les acteurs, leurs discours et décisions.
Le référendum renferme l’idée de consultation qui
suppose le pouvoir de décision. Celle-ci est à son tour inséparable
de l’idée de liberté dans le choix . Le terme verdict, quant à lui
résume la solennité de la procédure référendaire et lui donne la dimension
de vérité qui, par son caractère définitif, rappellerait la vérité
judiciaire, qui n’est réputée telle que parce que le déroulement contradictoire
des débats aura consacré les droits de chacun. Seule une procédure
référendaire peut revenir sur les résultats précédents. Sans les impératifs
définissant des volontés libres politiquement, le référendum ne sera
qu’une succession de violences qui se répercuteront d’une façon ou
d’une autre dans la société.
Depuis 1988-1989 et la fin proclamée du régime de
parti unique organisée et planifiée avec un cortège de violences,
de tortures et de mort, l’Algérie était réputée passée au règne du
régime démocratique et du pluralisme de partis, d’associations, de
journaux alors que les atteintes à la paix civile prenaient une dimension
qui reste à élucider. Cependant, à l’observation, on se rend compte
que, dans sa diffusion, la violence a été inoculée du haut vers le
bas. L’illusion démocratique masquait la réalité de l’orientation
vers la destruction de l’autre au sein d’une société qui, dès lors,
offrait au regard les éléments de sa propre négation. En effet, parler
de société suppose qu’elle soit soudée par des valeurs, des normes,
des véhicules d’éthique et de justice dans lesquelles ses membres
se reconnaissent mutuellement le bénéfice. Dans le prolongement historique
et des liens qui en façonnent le contenu, la société se continue dans
la nation couronnée politiquement par l’Etat.
Depuis 1992, la violence atteint une autre dimension :
assassinats individuels, massacres de populations, attentats à l’explosif
dans les places publiques, barrages et faux barrages, viols, enlèvements,
tortures à grande échelle et disparitions par milliers d’algériennes
et d’algériens Ce qui devait être le point de départ à des formes
dites universelles d’expression démocratique s’est transformé en bain
de sang dans une violence qui de plus en plus est devenue le moteur
déterminant dans la gestion de la société par l’Etat.
QU’EST CE QUE L’ÉTAT ?
On entend de plus en plus comme un écho se répercutant
d’une sphère à une autre de la société, dans différents milieux, l’affirmation
teintée de désolation, de regrets ou de révolte et selon laquelle
il n’y a plus d’Etat. L’expression qui fait fortune a cours
aussi bien dans la presse, les milieux universitaires les cercles
politiques et les comptoirs de café. Anecdotique, la référence à cette
qualification de l’Etat ne l’est assurément pas tellement dans la
mesure où elle accrédite l’idée d’irresponsabilité, de vacuité pour
mieux faire ressortir et banaliser le recours aux armes
En premier lieu, dire qu’il n’y a plus d’Etat
signifierait le retour à une forme de guerre de tous contre tous illustrée
dans l’histoire des idées et de la philosophie politiques par Le Léviathan de Thomas Hobbes.
Cet auteur terrorisé depuis le sein de sa mère et durant toute sa
vie par des événements liés à la violence politique et religieuse
1
considère, d’une part, que l’homme part de l’état de nature où il
est en guerre perpétuelle contre ses semblables. C’est la guerre
de tous contre tous. Ce qui suppose d’être armé en permanence.
Pour dépasser ce stade, il théorise une forme d’autorité qui est l’Etat.
Ce dernier se présente d’abord comme une nécessité ressentie par les
membres qui se forment en société. Ensuite la société comme telle
s’engage à se soumettre sans condition à l’autorité de l’Etat derrière
lequel agissent des individus investis comme autorité étatique. On
voit que l’histoire de l’Etat est liée étroitement au contrôle sur
la société. Dans un souci de paix et de rationalité la société délègue
donc à une partie d’elle-même le pouvoir de gestion qui emporte celui
de la coercition matérialisée entre autre choses par le monopole des
armes, c’est-à-dire de la violence. Celle-ci est dite légitime selon
la théorie de Max Weber dans la mesure où la délégation de pouvoir
obéit à des conditions dans lesquelles se reconnaît la société toute
entière. En réalité, les détenteurs du monopole de la violence s’arrogent
droits et moyens pour en légitimer l’usage selon leurs propres intérêts
étroitement liés à ceux qui se reconnaissent en eux comme porte parole
d’intérêts dominants . La démonstration de ce glissement qui unit
détenteurs de la force et intérêts dominants ou classes dominantes
sera faite très justement par Karl Marx., et à sa suite des auteurs
qui en précisent ou nuancent le contenu. C’est pour cela que le phénomène
de modulation de la violence reste lié aux équilibres économiques,
sociaux, qui se traduisent en termes de politique et de coercition.
On comprend alors pourquoi il faille relativiser le rapport à l’Etat.
Ce dernier ne saurait avoir d’uniformité historique pas plus qu’il
ne pourrait présenter des caractéristiques immuables. C’est bien pour
cela que l’Etat est défait des guenilles de la fiction dès lors qu’il
est saisi dans sa profondeur historique laquelle lui colle nécessairement
un / des qualificatifs : libéral, gendarme, interventionniste,
désengagé, terroriste…
En second lieu, lorsqu’on avance l’idée selon laquelle
il n’y a plus d’Etat, cela signifie deux choses : d’abord,
on a en tête l’Etat qui a fonctionné jusque là ; ensuite ce type
d’Etat que l’on fige dans ses représentations n’apparaît plus dans
les contours de ce qui est restitué : le fonctionnement de la
violence diffère dans la mesure où les équilibres ressentis derrière
le phénomène de sécurité tous azimut ( physique, domiciliaire, économique,
professionnelle) n’est plus assuré par un Etat qui n’en fait plus
ses préoccupations. La justice et l’équité deviennent un frein pour
un Etat dont les objectifs affichés ou masqués traduisent des transformations
radicales et dont la brutalité déboussolent de proche en proche l’ensemble
de la société, à l’exception de ceux-là mêmes, pouvoirs suprêmes qui
ont décidé du remodelage, de la restructuration, de la société.
Entre 1962 et 1965 l’Etat algérien peut être regardé
dans ses phases d’élaboration en voie d’unifier et de rationaliser
ses pouvoirs de coercition. Cela s’est traduit par l’élimination de
tout ce qui résistait de quelque façon que ce soit à la charpente
stratégique qui allait constituer l’Etat, la sécurité militaire. Cette
dernière a donné à l’Etat ses contours et ses moyens de légitimation
depuis l’élagage politique interdisant toute discordance jusqu’au
point d’orgue atteint par le coup d’Etat du 19 juin 1965 et les assassinats
politiques qui jalonneront le parcours du régime. Depuis, le discours
sur l’Etat n’a jamais quitté une actualité qu’il dessinait en campagnes
planificatrices et de développement régional, l’argent du pétrole
servant à couvrir les besoins essentiels. En même temps, cela amortissait
en quelque sorte le poids tentaculaire installé par une sécurité militaire
qui tenait en main tous les secteurs de la société quelque soit la
forme ou le domaine : politique, judiciaire, médiatique, économique,
culturel, religieux, sportif. Au delà des appareils de l’Etat proprement
dit, qu’il s’agisse de l’échelle centrale ou locale (justice, police,
gendarmerie) le FLN, les organisations de masse et, à l’occasion des
formations clandestines, aucun secteur n’échappait à la toile tissée
autour d’une société entretenue dans l’idée du pouvoir des puissants
et du sentiment de peur. Pour donner du tonus, du dynamisme à un ensemble
qui pourrait souffrir de sclérose, les services de la sécurité militaire
n’hésitaient pas à se construire des menaces sous forme d’attentats
et de lancer des campagnes bien ciblés où la torture n’était pas la
dernière invitée aiguisant de la sorte une vigilance de croisière.
Le succès de la période Boumediene tient dans une
illusion qui peut être résumée à partir de la couverture des besoins
essentiels de chacun, une scolarisation massive, entretenus par la
flamme socialisante et la fierté nationale. En termes populaires,
l’Etat Boumediene se résumait dans le slogan de « ragda wa
t’mangi » que l’on peut traduire par « payé à ne
rien faire ».
L’Etat chadliste se singularise dans l’entreprise
de libéralisation et une confrontation des appétits et des ambitions.
La couverture publique des menées affairistes privées va progressivement
sauter et l’opposition apparente entre partisans et adversaires de
la libéralisation livrera à ceux qui veulent y prêter attention les
véritables ressorts d’inimitiés provisoires vite oubliées dès lors
que chacun sera rentré dans ses frais. La puissance de Messaoud Zeghar
est réduite en miettes 2, tandis que, dans le même temps, est publiquement
annoncée une réorganisation de la sécurité militaire. Le premier texte
rendu public à cet égard remonte, symboliquement à 1982 3, une fois qu’il est, au préalable, mis
fin aux fonctions du directeur central, le lieutenant-colonel Nourredine
Zerhouni le 18 juillet 1981 4.
Le partage des sources rentières et le démantèlement
des entreprises publiques sont rythmés par les slogans du « compter
sur soi », « l’autonomie des entreprises » qui
reçoivent, en écho, dans les milieux populaires un slogan mieux adapté
selon l’angle de vue, « lafzad oula lougaâd » dont
la traduction serait « le saccage plutôt que l’oisiveté ».
Le désengagement massif de l’Etat des services et entreprises publics,
ajouté à la baisse des recettes pétrolières et aux demandes engendrées
par la poussée démographique révèle de façon dramatique le déficit
de transports, de logements, d’emplois. Si on devait lui trouver quelque
mérite, la libéralisation chadliste ne fait que révéler le degré de
délabrement de pans entiers de la société, de l’économie, des services
publics, cependant que le contrôle de la société se fait, via la sécurité
militaire, qui pousse à une bipolarisation au ferment de violence
savamment dosé entre modernistes et islamistes, barbus et progressistes,
lâchant la bride à des secteurs et des catégories bien ciblés (les
jeunes, les femmes, les hommes de culte), de sorte que, du jour au
lendemain les algériens se découvrent une guerre des mœurs en attendant
celle où la jeunesse algérienne se fracture en deux grandes figures :
taghout (tyran) et irhabi
(terroriste). Les années 90 sont celles du slogan encore à la page,
salli wa l’âb laâbaq (fréquente la mosquée en jouant ton propre
jeu).
Derrière la restructuration politique (parti unique
/ multipartisme), économique (économie administrée / économie de marché),
médiatique (presse du parti unique, presse privée) la restructuration
de la sécurité militaire en DGPS puis en DRS ne garde pas moins, de
la manière la plus accomplie le contrôle sur ces ensembles qui demeurent
son œuvre.
La place déterminante de la sécurité militaire dans
la construction et les aménagements de l’Etat et la société est vérifiée
sur simple rétrospective historique et un renvoi à l’actualité où
on retrouve un des chefs des services de sécurité, en 1962, en poste
au ministère de l’intérieur, tandis que, au sommet de l’Etat A. Bouteflika
est né à la politique dans les espaces de coercition qui allaient
marquer les structures de l’Etat. En ce sens, il est difficile de
trouver plus compétent que le président de la République en matière
de techniques de domination et de pouvoirs sur l’Etat et la société.
L’entente entre le DRS et le président de la République joue parfaitement
et apparaît nettement avec les élections de 2004. Les services du
DRS lui ont assuré la fonction présidentielle en 1999 et l’ont confirmé
en 2004. Ceci mérite d’être doublement souligné dans la mesure où
les techniques destinées à bâtir l’image fougueuse d’un président
partant à l’assaut de militaires hostiles dont il bravait les armes
ne servaient à rien d’autre qu’à préparer, progressivement, la construction
d’une stature, à dimension nationale et internationale, en paravent
interdisant l’accès à toute recherche de la vérité dans la décomposition
de la société. Le Président de la République est tenu par un engagement
qui ne souffre aucune nuance : celui d’assurer l’immunité absolue
à l’intérieur et à l’extérieur à des responsables, dirigeant hommes
et structures, en poste depuis au moins 1992. Or, sur ces derniers
pèsent de lourdes responsabilités dans la constitution de maquis,
en matière d’assassinats, de disparitions et de massacres de populations.
L’image d’un président faiseur de paix et de réconciliation
nationale a été bâtie dans un premier temps avec les matériaux d’un
ténor du DRS jouant en solo sur les pages du quotidien Le Matin.
L’image du SDF du journalisme, voltigeur guerroyant sans filet accentue
encore le ton de l’article frontale que signe A. Mahmoudi : L’armée
s’est-elle trompée sur Bouteflika ? 5 Ce qui s’apparenterait
à une prise d’assaut sans nuance révèle en réalité une stratégie de
recomposition savamment mise au point pour brouiller les pistes et
re dynamiser le DRS qu’il faut préserver et faire croire à un affrontement
au sommet, avec les chefs de l’armée. Quelques mois plus tard, placé
à la tête de deux organes de presse (un quotidien, Le Jour d’Algérie
et un hebdomadaire, Les Débats,) le pourfendeur de A. Bouteflika
en devient l’encenseur.
La première version du cliché présidentiel pétri
de sagesse ayant pour souci de panser les plaies en ressoudant la
société se traduit par la concorde civile. Celle-ci fournit
le prétexte à une consultation de nature à renforcer la solidité politique
d’un dévoreur de légitimité au point qu’il n’hésitera pas à comparer
les résultats du referendum du 16 septembre 1999 6 à ceux par lequel les algériens se sont
prononcés pour l’indépendance. Une série d’initiatives présente le
nouveau Président comme l’homme du rassemblement et de la tolérance
alors qu’au contraire usant d’un cynisme sans bornes, il ficelle,
dans une promotion dite « Houari Boumediene », au cours
de cérémonies successives où les médailles sont attribuées aussi bien
aux morts qu’aux vivants 7 une somme de trajectoires
historiques marquées par la répression, l’assassinat, la torture et
l’emprisonnement. Lorsqu’on sait quel a été le rôle de A. Bouteflika
dans le complot qui a conduit au coup d’Etat du 19 juin 1965, on ne
se lasse pas de chercher ce qui a pu conduire le premier Président
de la toute jeune république algérienne à accepter de gommer pour
les jeunes générations les traces d’intelligibilité de l’histoire
institutionnelle 8.
Bouclier épargnant les poursuites au titre de crimes
contre l’humanité aux chefs du DRS mais bardé de légitimité grâce
à leur savoir faire, A. Bouteflika leur est redevable d’un second
mandat. Le cheminement qui a conduit à cette consécration a été balisé
par le jeu subtile d’une opposition mise en place par décomposition
de l’appareil du FLN dans laquelle des directeurs de journaux, des
associations, des pans de l’opinion où se recrutent nombre d’éradicateurs,
ont crédibilisé l’idée d’une opposition qui a toutes les chances d’enlever
El Mouradia grâce au Premier ministre de Bouteflika , Ali Benflis.
Ce dernier, qui a fait applaudir et adopter les programmes du chef
de l’Etat se découvre soudainement des potentialités de présidentiable,
dopé probablement par le clan du général Mohamed Lamari. On imagine
les effets que n’a pas ménagé le président du Conseil constitutionnel
dans l’annonce des résultats définitifs de ce qui, en langage approprié
est dénommé scrutin. La tragi-comédie qui a marqué l’automne 2003
et le printemps 2004 pour culminer en élucubrations sur le deuxième
tour reste à analyser de près. Elle est l’exemple idéal à la fois
de la puissance et du savoir-faire de la police politique, mais aussi
l’illustration d’un champ politique où, en réalité, le rôle de chacun,
de chaque groupe ou organisation est défini et planifié par un centre
d’animation unique. Comment s’expliquer que, du jour au lendemain,
des figures de proue ou du moins ce que l’on tentait de faire accepter
pour tels, s’éteignent et disparaissent de la scène, sinon que le
rôle qui leur était dévolu jusque là ne semble plus correspondre à
la nouvelle partition. Sans aller jusqu’à citer des noms, on ne saurait
passer sous silence des mutations spectaculaires. Tout se passe comme
si dans les mœurs politiques, le jeu se fait avec une équipe fanion
tout en ménageant, pour les tenir prêts, des réservistes.
Seize mois après la confirmation de A. Bouteflika
dans un second mandat il s’estime en mesure de mettre en place le
dispositif de l’impunité en déclarant impossible la recherche de la
vérité sur les responsabilités des violences ayant barbarisé la société,
aux termes du Président comme des services de sécurité. Tout ce qui
s’est passé, si l’on y regarde de près, dans le repêchage de A. Bouteflika
en 1999 et les scrutins sur mesure accompagnés de l’animation politique
orchestrée depuis, ne sont que des éléments de déblaiement libérant
les voies menant à la consécration de l’impunité par légitimation
référendaire. Celle-ci est l’ultime étape d’une normalisation entamée
avec Liamine Zeroual et la Rahma.
DE LA RAHMA À LA CHARTE POUR LA PAIX ET LA RÉCONCILIATION
Il n’est pas inutile de résumer le dispositif mis
au point successivement par les différents textes depuis 1995 pour
mesurer comment l’appel au droit n’a d’autre objectif que celui d’inscrire
l’impunité comme mode d’exercice de pouvoir.
L’ordonnance 95-12 du 25 février 1995 9
renvoie aux dispositions du Code pénal pour aménager soit un allègement
de peines soit l’abandon de poursuites. Le critère de distinction
retenu s’appuie sur la gravité du crime. Ainsi, l’article 4 al. 1
exclue la peine de mort et la remplace par la réclusion à temps de
quinze à vingt ans en cas de crime ayant entraîné mort d’homme ou
infirmité permanente. L’alinéa 2 du même article revoit la réclusion
à perpétuité pour la remplacer, dans les cas de crime de sang par
la réclusion à temps de dix à quinze ans.
L’ordonnance de 1995 est conçue autour de la notion
clé de reddition avec un renvoi,
exclusivement, à l’aménagement de la législation
criminelle assortie parfois de mesures de protection physique, à la
demande de l’intéressé (article 6, alinéas 4,5et 6).
La loi 99-08 du 13 juillet 1999 relative au rétablissement
sur la concorde civile 10, abrogeant
l’ordonnance de 1995, n’en retient pas moins le principe de la reddition,
avec l’exonération des poursuites, l’atténuation des peines en introduisant
la mise sous probation avec des comités de probation par wilaya tout
en retenant la privation des droits civiques. La mise sous probation
emporte ajournement des poursuites pendant une durée de trois à dix
ans. La loi introduit le procédé du retournement, le repenti
pouvant être « admis à participer à la lutte contre le terrorisme »
(article 8 alinéa 1). Le repenti engagé/admis « à servir l’Etat
dans la lutte contre le terrorisme et la subversion »
bénéficie d’un délai de probation limité à cinq ans au maximum tout
en conservant l’exercice de ses droits civiques (article 13 de la
loi) 11.
La composition du comité de probation permet de mesurer le poids des
services de sécurité et de leur puissance attractive sur les autres
composantes 12.
La probation
est révocable dans des cas déterminés mais on imagine le tête à tête
entre les « repentis» et les services de sécurité. Le dispositif
de contrôle et de probation substitue difficilement la rééducation
à but d’insertion comme le proclame la loi de 1999, au régime d’autorité
et de soumission imposé par la volonté du vainqueur. On a tous
les motifs de craindre que, derrière le leitmotiv de terrorisme, les
repentis ne soient employés à des besognes où le terrorisme ne fait
que changer d’affectation selon les opportunités.
Le décret
2000-03 du 10 janvier 2000 portant grâce amnistiante se présente comme
une série de dispositions prises en application de l’article 41 de
la loi du 13 juillet 1999. Cet article vise la cessation volontaire
et spontanée des actes de violence décidée par des organisations. Les personnes appartenant à ces dernières
bénéficient d’un traitement plus favorable, puisqu’elles sont rétablies
dans la plénitude de leurs droits civiques (articles 1 et 2 du décret)
13. Ces dispositions ne sont que le prolongement
des rapports entre l’organisation dirigée par Madani Mezrag et le
DRS et qui devaient conduire à la trêve 14.
L’objectif
de « réinsertion civile au sein de la société »
explicité dans l’article 1 de la loi du 13 juillet 1999 n’était pas
absent de l’ordonnance de 1995. Cependant l’ensemble de cet encadrement
juridique ne réussit pas à masquer la réalité. Il s’agit de livrer
exclusivement les maquis entre les mains des services de sécurité
qu’il s’agisse du rapport aux personnes, aux organisations comme aux
procédures et organismes mis en place. Les repentis relèvent du traitement
que leur réservent les services de sécurité. C’est ce qui pose à juste
titre la dimension de la terreur et sa modulation par les forces détenant
le monopole de la violence d’Etat. Le terrorisme d’Etat revêt les
titres de la paix et de la réconciliation pour se donner plus de protection.
Sans traitement politique à grande échelle, au grand jour, on est
dans l’impossibilité de mesurer les destinations opérées à l’égard
de forces demeurées en tête à tête avec les services de sécurité dont
les actes relèvent par définition du secret. Censée porter la concorde
civile et la réconciliation nationale, la démarche présidentielle
mobilise un arsenal juridique qui culmine dans un référendum ayant
pour objectif de bâillonner la société en déclarant hors la loi toute
tentative de recherche de la vérité que ce soit sur les disparus ou
sur les autres crimes répertoriés comme crimes contre l’humanité.
LA CHARTE DE L’IMPUNITÉ ET DE LA TERREUR D’ÉTAT
Le texte de la charte publié en annexe au décret
présidentiel 05/278 du 14 août 2005 portant convocation du corps électoral
a fait l’objet au préalable d’un discours devant les cadres de la
nation. Le cérémonial et la forme solennelle que choisit le Président
de la République pour annoncer les grandes décisions renouent avec
les temps où, par la voie de son chef, l’Etat donnait l’apparence
de sa toute puissance 15. Nous sommes renvoyés aux formes qui ressuscitent
le moment où la parole de l’un est portée par tous pour peu que les
annonces soient faites. En dehors de l’agencement en cinq parties,
on retrouve le même contenu dans le discours et le texte de la charte.
Un long préambule définit en premier lieu la nature de la guerre civile
qu’il fixe comme « une agression criminelle sans précédent,
visant…à remettre en cause l’Etat national lui-même ». Le
texte reprend dans le préambule les références à la barbarie terroriste
ainsi que «l’instrumentalisation de la religion et un certain nombre d’Algériens
à des fins anti-nationales ». Ce qui renvoie au discours dominant depuis 1992 16. La référence à la barbarie se pose constamment
comme dimension cardinale d’explication politique assénée par les
services de sécurité. Ces derniers sont d’ailleurs célébrés d’une
manière si outrancière que cela ôte à l’Etat ce pouvoir de puissance
bâtie sur l’autorité consentie et qui renvoie à la sérénité institutionnelle.
On aura remarquer depuis longtemps, mais singulièrement depuis les
années de guerre comment dans les milieux politiques et dans les médias
l’armée et les services de sécurité sont entourés d’une précaution
terminologique propre à leur assurer une dimension institutionnelle
qu’ils n’ont pas. Ainsi est-il couramment question de « l’institution
militaire » dans laquelle se trouve englobée la partie
qui veille à sa sécurité et à la domination en son sein, les services
de sécurité de l’armée.
Depuis 1992,
l’expérience constitutionnelle algérienne révèle que la référence
à la souveraineté nationale est frappée d’une tare dans la mesure
où la souveraineté nationale ne se conçoit pas autrement que comme
une souveraineté sous tutelle. Ce pouvoir tutélaire est au-dessus
de la constitution. Il intervient de lui-même pour définir les dangers
qui menaceraient l’ordre constitutionnel, modèle la constitution selon
les circonstances qu’il qualifie à sa guise. Il ne souffre le poids
d’aucun contrôle, qu’il soit direct, par voie juridictionnelle, ou
indirecte, par la voie d’élus du suffrage universel. Fonctionnant
en oligarchie, il se juge lui-même au sein de ses composantes et,
le cas échéant, il n’exclut pas de faire appel à des rites sacrificiels.
Dans un tel système, qu’il s’agisse du parlement, du gouvernement,
du président ou des juridictions, il est difficile de parler d’institution.
Le propre de cette dernière reste son autonomisation, garante de sa
pérennité, par rapport aux intérêts privés,. Si le monopole des armes
et de la force armée revient à l’Etat c’est justement pour veiller
à ce que l’institution fonctionne, non pas sous la menace, mais sous
les garanties de protection. Pour ce faire, le fondement de l’édifice
institutionnel demeure donc le contrôle des forces armées et des services
de sécurité par le pouvoir politique. Dans l’exemple algérien, c’est
l’inverse. Non seulement les services de sécurité et l’armée contrôlent
les différentes expressions du pouvoir mais elles les supervisent
dans leur distribution organique, que ce soit par voie d’élections,
dont elles ont la maîtrise, ou par voie de nomination. La distinction
n’étant en réalité que purement pédagogique. Il en est de même de
la justice qui fonctionne sous la menace des armes et non pas sous
leur protection. Cette observation a pris d’ailleurs une dimension
criante depuis 1992. Lorsque l’on soutient que la justice devrait
fonctionner sous la protection des armes et non pas sous leur menace
c’est pour contribuer, même dans la fiction du rapport à l’égalité,
à assurer la paix, la sérénité. La force armée se transformant en
moteur de la tranquillité publique en laissant se développer les médiations
dans la société. Nous sommes loin de ce cas de figure. Pour avoir
une idée de la médiation en république algérienne, il faut se reporter
au médiateur mis en place par décret du 23 mars 1996 17. Convaincu de l’idée que
la médiation consiste d’abord à se constituer en milices armées, M.
Abdesselam Habbachi haranguait son auditoire au cours de conférences
guerrières 18.
La mainmise
des forces armées et des services de sécurité, de différentes sources,
même si elles sont coiffées par le DRS, sur l’ensemble des lieux supposés
relever des structures et des pouvoirs institutionnels pulvérise toute
tentative de médiation. Cela transforme le monopole de la violence
réputée légitime en terreur d’Etat face à une société dont certaines
parties tentent d’échapper à son contrôle. Ainsi se construisent les
ingrédients de la barbarie qui est toujours opposée par les services
de sécurité aux adversaires. La barbarie renfermant l’idée de destruction,
de vandalisme, appelle, en contrechamp, la civilisation. Les services
de sécurité par la consécration officielle de cette distinction fixent
une vérité que légitime la puissance des armes mais également les
renvois au peuple souverain et à l’Etat de droit.
C’est ce
qui ressort des termes de la charte dont la démarche reprend celle
qui a toujours été imposée par les services de sécurité sur les responsabilités
à sens unique sans discussion possible, ni enquête. Les agissements
des services de sécurité ne sont susceptibles que d’éloges, d’hommages
et de reconnaissance.
Si on devait
reprendre la métaphore judiciaire, on dirait que la convocation du
corps électoral ressemble fort à ce qui se passerait dans l’enceinte
d’une cour de sûreté de l’Etat. Nous sommes installés dans l’indétermination
des rôles et des responsabilités : de l’accusation au président,
en passant par les témoins et les accusés, sans parler de la falsification
des pièces de la procédure. Une seule certitude le verdict est dicté
par le poids des armes.
De la même
manière, l’Etat, sous la menace des armes interdit toute investigation
pour l’avenir 19 et proclame l’impunité au nom de l’Etat de droit et du droit international
20.
Les repères
d’un droit régulateur, fournisseur de médiations et d’éthique, se
brouillent et disparaissent. La société est appelée à la complicité
ou au silence. L’Etat poursuit sa criminalisation 21 au nom des valeurs de l’Etat
de droit et sous le regard d’instances internationales mues par l’impératif
de domination au détriment de l’idéal de justice. L’impunité devient,
dès lors, au même titre que la terreur, une vertu. Barbarie et civilisation
ne font plus qu’un.
1 Hobbes, né
avant terme de l’effroi que sa mère avait ressenti de l’approche
de l’Invincible Armada, est poursuivi par la peur durant toute sa
vie. Il est le témoin des luttes politiques et religieuses, tant
en Angleterre qu’en France, émaillées d’exécutions ou d’assassinat
de parlementaires et de souverains (Henri IV, 1610 ; Charles
1er, 1648). Nombre d’historiens voient en lui « le
plus farouche des étatistes (qui) cherche son salut dans une reddition
à merci de l’individu ». Marcel Prélot. Histoire des idées
politiques, Paris : Dalloz, 1966, p. 333.
2 Homme d’affaires
astucieux, installé au Maroc au début de la guerre de libération,
il est étroitement associé par A. Boussouf, puis Boumediene aux
transactions permettant de fournir l’ALN en armement. A l’indépendance,
à la tête d’une grosse fortune, il sera, en étroite collaboration
avec Boumediene, l’homme des marchés que l’Algérie contracte sur
le plan international. Cela lui donne la réputation d’être le dépositaire
du « trésor » lié à la corruption. Avec l’arrivée de Chadli,
M. Zeghar se verra contester le monopole de l’attribution des marchés
internationaux de l’Algérie. C’est l’heure de la répartition des
marchés entre plusieurs officiers généraux. Notons que la restructuration
de la sécurité militaire a accompagné sa déchéance. M. Zeghar est
accusé de détournements de fonds publics et fait l’objet d’une condamnation
à laquelle il ne survivra pas. Voir Hanafi Taguemout, Albert Bourgi,
Jean-Pierre Colin. L’affaire Zeghar. Déliquescence d’un Etat.
L’Algérie sous Chadli. Paris : Publisud, 1994
3 Décret n° 82-368
du 20 novembre 1982 portant missions de la direction centrale de
la sécurité militaire. Si l’on se réfère aux visas qui précèdent
le corps du texte, ce dernier est pris sur la seule base de la charte
nationale et de la constitution. Il ne renvoie à aucun autre texte
réglementaire. On peut penser dans ces conditions que c’est le premier
texte publié qui organise les services de sécurité. Il comporte
trois articles. L’article 1er est consacré aux missions
de la sécurité militaire : 1° elle assure la sécurité de l’armée ;
2° elle prévient et neutralise les tentatives de subversion dirigées
contre l’Algérie ; 3° elle prévient et neutralise les atteintes
à l’économie nationale ; 4° elle prévient et neutralise les
tentatives d’espionnage dirigées contre l’Algérie. La direction
centrale de la sécurité militaire assume une mission de police judiciaire
en rapport avec le domaine de ses attributions. L’article 2 renvoie
à des textes ultérieurs l’organisation de la direction centrale
(JO n° 48 du 30 novembre 1982, p. 1501). On trouve des traces de
cette dernière notamment dans un décret du 5 décembre 1988 par lequel
celui qui était encore colonel, Mohamed Mediene, est désigné comme
directeur de la direction centrale de la sécurité de l’armée (JO
n° 50 du 7 décembre 1988, p. 1299).
4 Décret du 18
juillet 1981. N. Zerhouni est remplacé par le lieutenant-colonel
Medjedoub Lakehal-Ayat (JO n° 29 du 21 juillet 1981, p. 707).
5 Le Matin,
28 et 29 février 2000.
6 Proclamation
des résultats par le Conseil constitutionnel (JO n° 66 du 21 septembre
1999, p.3).
7 Voir laliste
des sadr qui comprend les anciens présidents et chefs d’Etat de
Ben Bella à Ali Kafi, à l’exception de Chadli, Boudiaf et Zeroual,
celle des athir à titre posthume, parmi lesquels Ramdane Abbane,
Mohamed Khider, Abbas Laghrour, Mohamed Lamouri, Mohamed Chaabani,
Amara Laskri dit Bouglez, Saïd Abid, Abderahmane Bensalem, Ahmed
Medeghri, tous exécutés suite à une décision du tribunal militaire,
assassinés ou « suicidés » entre 1958 et 1974. On remarquera
l’absence dans la liste de Krim Belkacem, assassiné à Francfort
en 1972 et des athir vivants (Mohamed Seghir Nekache, Bachir Boumaza,
Abdelhamid Benzine…), JO n°43 du 4 juillet 1999, p.5 et 6.
8 Hervé Bourges
rapporte comment, à la question de de Broglie, en visite à Alger
et « qui demandera où se trouve Ben Bella, son interlocuteur
(H.Boumediene) lui répondra en souriant « sous mes pieds »…
In : L’Algérie à l’épreuve du pouvoir, Paris :
Grasset, 1967, p. 133).
9 JO n° 11 du
1er mars 1995, p. 9.
10 JO n° 46
du 13 juillet 1999, p. 3.
11 Cet article
use d’une terminologie curieuse « :..les individus éligibles au régime de la probation… »,
souligné par nous.
12 Article 15 :
« le comité de probation est composé : - du procureur
général territorialement compétent, président ; -du représentant
du ministre de la défense nationale ; -du représentant du ministre
de l’intérieur ; du commandant du groupement de gendarmerie
nationale de wilaya ; -du chef de sûreté de wilaya ; -
du bâtonnier ou de son représentant habilité ».
13 JO n° 1 du
12 janvier 2000, p. 3.
14 Lire à ce sujet ce que déclare le chef de l’AIS
lors d’une conférence de presse dont les termes sont rapportés par
El watan du 24 août 2000 : d’après M. Mezrag, l’autre partie à la trêve n’était
autre que le DRS. El
watan précise que « en juillet 2000, l’ancien
chef de l’Etat major de l’ANP, Mohamed Lamari, avait nié tout accord
entre l’armée et l’AIS ». Dans un entretien au quotidien Djazaïr news repris dans Liberté du 25 janvier 2005, M. Ben Bella, « président d’honneur de la commission
nationale de l’amnistie générale » déclare que « les repentis
n’avaient pas obtenu les droits qui leur avaient été accordés en
vertu d’un accord secret entre l’Etat et les chefs de l’AIS ». Le statut de cette commission comme celui
de son président ne sont pas très clairs. La commission d’amnistie
générale évoluant de la semi clandestinité à l’interdiction.
15 En ce sens
M.Gadant, « Boumediene, le discours de l’Etat », Peuples
méditerranéens, n°26, janv.-mars 1984, pp.105.-126.
16 On y retrouve l’accent adopté par les signataires
de « L’appel des
intellectuels nationaux » qui
déclarent derrière la plume prestigieuse de Mohamed Dib : « soutenons, loin de toute préoccupation
politicienne, avec la plus grande fermeté, et sans aucune ambiguïté,
l’action menée par nos forces armées républicaines pour en finir
avec le terrorisme. Dans la lutte terrible qu’elles mènent contre
des infrahumains au cœur glacé, nous leur disons qu’elles ne sont
pas seules et qu’elles ont le soutien de la société et de ses intellectuels
nationaux… » El
Moudjahid, 25 mars
2001. La référence aux infrahumains
est reprise dans le discours du Président de
la République à Skikda, lors de la célébration du 20 août 1955,
El Moudjahid, 20 août 2005.
17 JO n°20 du 31 mars 1996, p. 4-5.
18 La Tribune, 26 avril et 13 mai 1997.
19 « En
adoptant souverainement cette Charte,
le peuple algérien affirme que nul, en Algérie ou à l’étranger,
n’est habilité à utiliser ou instrumentaliser les blessures de la
tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la République
Algérienne Démocratique et Populaire, fragiliser l’Etat, nuire à
l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir
l’image de l’Algérie sur le plan international », charte,
I, §2.
20 « Le peuple algérien, respectueux de l’Etat
de droit et des engagements internationaux de l’Algérie, approuve
les mesures suivantes visant à consolider la paix et rétablir la
Réconciliation Nationale… »,
charte, dernier paragraphe du préambule.
21 Dans une recherche consacrée à « la
criminalisation
de l’Etat en Afrique »,
J.F.Bayart en donne un aperçu qui permet d’éclairer notre propos : «La criminalisation de l’Etat…s’accompagne
d’une privatisation rampante non pas seulement du secteur productif,
mais aussi de la souveraineté et des fonctions régaliennes de l’Etat :
par exemple des douanes, de concessions territoriales ou d’enclaves
portuaires livrées à des exploitants étrangers, de la sécurité intérieure,
de la défense nationale, des opérations de maintien de la paix… »
in J.F. Bayart, S. Ellis et B. Hibou, Editions complexe, coll. « Espace
International », Bruxelles, 1997, p. 161. Voir également l’abondante
bibliographie sur le processus de développement de la criminalité
de l’Etat.